Chez un sujet revenant de voyage, une dyspnée peut révéler différentes situations pathologiques, potentiellement graves. Embolie pulmonaire, infection, mal de montagne… Quels éléments cliniques et contextuels guident le diagnostic ?

EP liée au transport

Un voyage d’une durée > 6 h fait partie des facteurs de risque de la maladie thromboembolique veineuse (MTEV). Ainsi, une dyspnée dans le mois suivant un long trajet en train, voiture, bus ou avion évoque une embolie pulmonaire (EP). Les éléments suivants renforcent la suspicion : dyspnée isolée d’apparition brutale ou rapidement progressive, tachycardie ou douleur thoracique associées, indices de retentissement hémodynamique (hypotension artérielle, signes d’insuffisance cardiaque droite).

À l’interrogatoire, il faut rechercher d’autres facteurs de risque : antécédent de MTEV, thrombophilie ; chirurgie avec anesthésie générale, immobilisation médicale ou fracture des jambes dans les 3 mois ; grossesse ou post-partum, contraception oestroprogestative, THM ; maladie de Crohn ; cancer actif.

La prise en charge dépend de la probabilité pré-test d’EP, évaluée sur la base du jugement clinique ou d’un outil validé (score de Wells ou celui de Genève révisé). La suite des investigations s’appuie, selon la probabilité pré-test, sur les D-dimères ou l’angioscanner thoracique (voir figure).

Infection contractée sur place

Les infections respiratoires cosmopolites (sinusite, pharyngite, grippe, Covid, bronchite, pneumonie…) sont fréquentes, surtout après des rassemblements de masse, la prise d’avion ou un long séjour. Elles sont très majoritairement virales, parfois bactériennes, rarement fongiques. La grippe atteindrait 15 % des voyageurs fébriles, mais, lorsque l’exposition au paludisme est possible, celui-ci doit d’abord être écarté.

Parmi les infections respiratoires émergentes, on soupçonne une grippe aviaire ou porcine en cas de contact direct avec une personne ou un animal potentiellement contaminés, dans les 10 jours précédant les symptômes (tableau d’infection respiratoire aiguë, conjonctivite). Le MERS-CoV doit être évoqué devant des signes respiratoires survenant dans les 14 jours suivant un retour de la péninsule Arabique, en particulier en cas de passage en milieu hospitalier, de contact avec un dromadaire ou de consommation de produits camélins crus ou insuffisamment cuits.

La légionellose est associée à un séjour hôtelier ou une croisière 2 à 10 jours précédant les symptômes. Elle résulte de l’inhalation de gouttelettes d’eau tiède contaminées (jacuzzi, spa, fontaine, brumisateur...). Le tableau clinique est celui d’une pneumonie : dyspnée fébrile, toux, troubles gastrointestinaux éventuels.

Des maladies systémiques peuvent également causer une dyspnée. Dans ces situations, le contexte et les autres symptômes orientent :

  • Paludisme : piqûre par un moustique infecté par Plasmodium en région intertropicale. En raison de sa gravité, toute fièvre persistante au retour d’un pays tropical doit faire évoquer un paludisme jusqu’à preuve du contraire, notamment en Afrique subsaharienne.

  • Fièvre typhoïde : séjour dans des pays en développement à faible hygiène (Asie, Afrique). Transmission orofécale par ingestion d’eau ou d’aliments souillés. Fièvre prolongée avec pouls dissocié , maux de tête, anorexie, splénomégalie, éruption cutanée maculaire sur le tronc ou l’abdomen, diarrhées ou constipation.

  • Leptospirose : sports nautiques en eau douce, séjour en zone intertropicale exposée à fortes pluies ou insalubrité. La contamination survient par contact avec de l’eau, de la terre ou des aliments souillés par l’urine d’animaux infectés (rats, chiens…). Symptômes très variables. La forme pseudogrippale est la plus fréquente, mais des tableaux graves sont possibles (ictère fébrile, hémoptysie, voire SDRA).


Environnement particulier

L’hypoxie modérée en vol (soit l’équivalent d’une altitude de 2 400 m) peut entraîner la décompensation d’une pathologie respiratoire connue : BPCO, pneumopathie interstitielle diffuse, hypertension pulmonaire, asthme non contrôlé…

Une dyspnée à la descente ou au retour d’une zone en altitude, accompagnée de toux non productive, expectorations roses / mousseuses, ou cyanose, suggère un œdème pulmonaire de haute altitude, un type de mal de montagne. Les facteurs de risque sont un séjour au-delà de 2 500 m, le manque d’acclimatation, le sexe masculin, une pathologie des voies respiratoires, la trisomie 21.

Enfin, un accident de décompression en plongée peut causer un œdème pulmonaire embolique, qui se traduit par une dyspnée aiguë avec toux et douleur thoracique dans les heures qui suivent.

Pour en savoir plus
Salmon L. En pratique – Dyspnée de retour de voyage : à quoi faut-il penser ? Univadis 9 juin 2026.
Nobile C. Pathologies au retour de voyage.  Rev Prat (en ligne) 21 août 2025.
Haut Conseil de la santé publique. Recommandations sanitaires 2025 aux voyageurs. 1er juillet 2025.

Dans cet article

Ce contenu est exclusivement réservé aux abonnés

Une question, un commentaire ?