Chez l’enfant, le diagnostic de fatigue (évoqué le plus souvent par les parents) est difficile. Les manifestations varient selon l’âge et les causes sont multiples. Quand suspecter une origine organique ? Quels facteurs environnementaux et/ou psychologiques rechercher ? Quelles particularités chez l’enfant sportif ? La démarche est structurée en 5 étapes.

Définir la fatigue est difficile. Ce symptôme est un motif fréquent de consultation chez l’adulte qui a des expressions directes pour l’exprimer : « Je suis épuisé, éreinté, fourbu, harassé  ». L’expression « fatigué » est assez rare chez l’enfant, alors que le motif fatigue est souvent mis en avant par les parents. On distingue 4 termes différents :

  • la fatigue physiologique est une baisse des performances induite par l’effort et réversible par le repos ;

  • la fatigabilité est l’apparition précoce de la fatigue à l’effort ;

  • l’asthénie est une fatigue pathologique, durable, insensible au repos ;

  • la « fatigue chronique » s’applique à une situation a priori pathologique où le symptôme dure plus de 6 mois.1,2


L’évaluation de la gravité et du retentissement de la fatigue est également difficile. Son évaluation fait partie des questionnaires de qualité de vie des maladies chroniques. Un questionnaire de fatigue chez l’enfant sportif (QFES) a été mis au point, avec un score correspondant aux conséquences de ce symptôme :3 performance sportive, symptômes douloureux, appétit et sommeil, motivation, attention et concentration, comportement relationnel, confiance et anxiété. Il n’a été validé que chez l’enfant sportif mais pourrait être appliqué plus largement.

Des expressions différentes selon l’âge

Si le terme fatigue est peu utilisé par l’enfant, la symptomatologie indirecte est mise en avant par les parents avec des expressions différentes selon l’âge.4

Le nourrisson et l’enfant jeune peuvent manifester une fatigue à l’effort : difficulté de succion et d’alimentation, somnolence, baisse d’activité. Mais très souvent, elle se traduit par des symptômes paradoxaux : agitation non calmée par le repos, pleurs incontrôlables, difficultés de sommeil.

Chez l’enfant d’âge scolaire, les expressions principales de la fatigue sont en lien avec la scolarité : baisse du rendement scolaire et de la motivation, repli, refus de scolarité ou d’activité physique. Une symptomatologie fonctionnelle est souvent associée : douleur abdominale, céphalées de tension, insomnie, etc.

À l’adolescence, l’expression directe de la fatigue est plus fréquente. La symptomatologie d’accompagnement est riche : lassitude globale, somnolence diurne, atonie, anorexie et inversion des rythmes.

À tout âge, fatigue et dépressivité voire dépression peuvent avoir les mêmes expressions cliniques.

Éliminer une pathologie évolutive organique

C’est une priorité, pour répondre à l’inquiétude des parents.1 Les causes organiques sont plus rares que les causes environnementales et psychologiques. Elles sont en principe de diagnostic facile.

Des signes associés

La plupart des causes organiques sont évoquées lorsque la fatigue survient dans un contexte particulier :

  • jeune âge : ce symptôme est plus souvent révélateur de pathologie organique chez le nourrisson, mais cela doit être pondéré par le degré plus élevé d’inquiétude parentale ;

  • début brutal, durée prolongée, association à des signes évocateurs de pathologie : fièvre, arthralgie, anorexie, myalgies et douleurs musculaires, perte de poids (intérêt important de la courbe staturopondérale) ;

  • anomalies de l’examen clinique (indispensable).


Les causes aiguës sont principalement infectieuses : mononucléose, cytomégalovirus, suites d’infections pulmonaires à mycoplasme, tuberculose… La fatigue fait aussi partie de la convalescence des maladies aiguës.

Dans les maladies chroniques, la fatigue est fréquente, mais rarement isolée. Les myopathies peuvent toutefois avoir comme seul symptôme une fatigabilité musculaire ; on doit rechercher une hypertrophie ou une atrophie musculaire, une anomalie de la marche (impossibilité ou marche sur la pointe des pieds), des myalgies. Le dosage de la créatine phosphokinase sérique associé parfois à l’électromyogramme et l’IRM permettent de préciser le diagnostic.

La fatigue peut être liée aux pathologies cardiaques  : elle est alors associée à une dyspnée d’effort.

L’anémie, en particulier ferriprive, est une cause classique. Beaucoup d’autres pathologies métaboliques, cancéreuses, endocrinologiques (insuffisance surrénale) comportent ce symptôme, associé généralement à des signes très évocateurs.

Un SAOS peut être relevé par une fatigue isolée.

Faut-il pratiquer systématiquement un bilan ?

Il n’y a pas de bilan type. La plupart des pathologies organiques sont évoquées sur l’anamnèse, les signes associés et l’examen clinique.1,2,4 Des examens complémentaires peuvent se discuter suivant les cas et la gravité (voir encadré).

Fatigue et sport

La pratique sportive est très fréquente chez l’enfant, dans la plupart des cas parfaitement supportée, et semble même un facteur préventif de fatigue.3 Certains pratiquent toutefois des activités sportives intenses avec des difficultés de récupération et un risque d’accident traumatique ou d’épuisement. Le questionnaire de fatigue de l’enfant sportif (QFES) permet une évaluation objective. L’élément le plus souvent signalé par les enfants sportifs fatigués seraient les troubles du sommeil. Les mesures préventives proposées sont une surveillance particulière du sommeil et de l’alimentation de ces enfants. La limitation de la pratique sportive à 10 heures/semaine est proposée mais rarement respectée dans le cadre d’entraînements intensifs.3

Fatigue, rythmes et sommeil

Dans la majorité des cas, la fatigue de l’enfant est en relation avec des perturbations du rythme de vie.1 Plusieurs facteurs se superposent.

Les contraintes familiales peuvent être un facteur de fatigue par l’impossibilité du respect des rythmes biologiques (pour des raisons professionnelles compréhensibles) : lever précoce du nourrisson ou du petit enfant, récupération dans un moment de repos, longs trajets, etc.

La scolarité ne semble pas le facteur le plus important de fatigue. Des polémiques ont porté sur le rythme scolaire, sans base scientifique fiable pour un choix. L’inadaptation des rythmes scolaires est plutôt un facteur de fatigabilité qui peut gêner l’apprentissage.

Les activités extrascolaires, en particulier de fin de journée, peuvent être en cause : certains enfants sont en « surrégime », ne laissant pas de place à la récupération par l’inactivité.

La récupération de la fatigue physiologique se fait particulièrement pendant les temps de sommeil. Si des larges variations des besoins existent selon l’âge et les individus, aucun enfant ne devrait dormir moins de 10 heures par jour.Pour les plus jeunes, la récupération se fait aussi parles siestes, qui doivent être respectées. Les conditions de sommeil inadaptées (promiscuité, précarité…) sont également des facteurs de fatigue et de difficultés de santé.

Fatigue et écrans

Le mésusage des écrans est un facteur de plus en plus mis en cause dans la fatigue des enfants et des adolescents.6,7Le temps d’écran est pris sur le temps de sommeil mais aussi sur le temps de récupération sans activité. Une attention particulière doit être portée à l’utilisation des écrans le soir avant le coucher, tant en raison du temps consommé au détriment d’autres activités que pour la difficulté d’endormissement. Au cours d’une consultation pour fatigue, un mésusage des écrans doit être systématiquement recherché.

Fatigue et adolescence

De nombreux adolescents se plaignent d’être fatigués : 20 % des filles et 6 % des garçons.8 Près de la moitié d’entre eux se lèveraient fatigués ! L’analyse de l’anamnèse et l’examen clinique doivent éliminer une pathologie organique.

Plusieurs spécificités ont été remarquées. L’accompagnement par des symptômes « flous » est très fréquent : douleurs dont céphalées et douleurs abdominales, anorexie, malaises. L’adolescent fatigué est apathique, replié, en baisse d’activité. Plusieurs hypothèses sont proposées. La première concerne les difficultés de sommeil : 30 % des adolescents seraient en dette de sommeil. En 30 ans, ils auraient perdu 2 heures de sommeil ! La relation avec la consommation d’écrans semble évidente, accentuant chez eux le syndrome de retard de phase : endormissement tardif, réveils nocturnes, décalage non récupérateur du réveil.

La carence martiale liée aux ménarches pourrait expliquer aussi l’importance de la fatigue chez les adolescentes.

Enfin, la sensation de fatigue peut être la révélation de difficultés psychologiques (voir ci-dessous).

Fatigue et dépression

La fatigue fait partie des signes ou des conséquences de la dépressionà tout âge.

Le diagnostic se fait chez l’enfant sur l’association d’une tristesse/inhibition, de dévalorisation, d’anxiété et parfois d’agitation paradoxale. Les symptômes fonctionnels peuvent être au premier plan : douleurs abdominales, céphalées, troubles du sommeil, difficultés alimentaires. Chez l’adolescent, les symptômes précédents peuvent s’associer à un désinvestissement, une indifférence, des conduites à risque, en particulier de consommations. Les idées suicidaires et les tentatives de suicide sont des expressions possibles à tous les âges. Les symptômes d’alerte suicidaire doivent être recherchés associés à la fatigue, particulièrement à l’adolescence.9

Chez l’enfant et l’adolescent, il convient également de rechercher des facteurs de risque dépressifs familiaux et environnementaux : antécédents de maltraitance, ruptures familiales, harcèlements, répétition d’événements traumatiques.

Syndrome de fatigue chronique

Il s’agit d’une pathologie rare et discutée chez l’enfant, plus fréquente à l’adolescence. Il se caractérise par une fatigue intense, prolongée (plus de 6 mois), à début brutal, non influencée par le repos. Aucune cause n’est retrouvée. Le contexte psychologique n’évoque pas une dépression. D’autres symptômes y sont associés : douleurs articulaires et musculaires, difficultés de mémorisation, troubles du sommeil… L’origine est très discutée : hypothèse infectieuse, analogie avec la fibromyalgie, anomalie musculaire, participation psychologique, etc. Le pronostic semble (contrairement aux adultes) bon, avec une disparition des symptômes en 12 à 18 mois.3

En pratique

Devant un enfant fatigué, nous proposons une démarche en 5 étapes :

  • Qui exprime le symptôme et comment ? Inquiétude parentale, enfant ou adolescent lui-même, entourage scolaire…

  • Y a-t-il des facteurs de gravité ? Âge (nourrissons), durée, début brutal, association à d’autres symptômes.

  • Éliminer une pathologie organique : l’anamnèse, l’examen clinique suffisent le plus souvent. Parfois, il est nécessaire de faire des examens complémentaires (encadré).

  • S’interroger sur l’environnement et les conditions de vie : sommeil, écrans, scolarité, activités.

  • Rechercher des signes de dépression ou une origine psychologique.


Au terme de cette analyse, on constate que la fatigue de l’enfant et de l’adolescent, lorsqu’elle est isolée, est le plus souvent liée à des inadaptations environnementales (rythmes, sommeil, écrans…), parfois accompagnées de difficultés psychologiques. 

Il n’existe pas de traitement spécifique en dehors du traitement des causes.

Cet article est une mise à jour de l’article suivant : Picherot G. L’enfant fatigué.  Rev Prat 2019 ;69(10) :1118 - 20.

Encadre

Examens complémentaires non systématiques à discuter devant une fatigue de l’enfant.

Hémogramme et bilan inflammatoire (vitesse de sédimentation, protéine C-réactive).

Radiographie de thorax.

Intradermoréaction ou test cutané à la tuberculine.

Créatine phosphokinase.

Fer, ferritine.

Ionogramme sanguin.

Transaminases (alanine et aspartate aminotransférase).

Échographie abdominale.

Sérologies : virus d’Epstein-Barr, toxoplasmose, hépatites.

D’après : Picherot G. L’enfant fatigué. Rev Prat 2019 ;69(10) :1118 - 20.

Références
1. Valleteau de Mouliac J. L’enfant fatigué. In : Guide pratique de la consultation pédiatrique. Paris : Masson, 2018.
2. Bourrillon A, Arsan A. L’enfant fatigué.  Arch Pediatr 2002;9(S2):203-7.
3. Bricout VA, Favre-Juvin A. Utilisation du questionnaire de fatigue chez de jeunes enfants sportifs : effets de l’activité sportive, de l’âge et du sexe.  Arch Ped 2006;13(12):1572-80.
4. Bourrillon A. Fatigue de l’enfant : un mot pour des maux.  Pédiatrie pratique 5 février 2015.
5. De Leersnyder H. Quand évoquer un trouble du sommeil chez l’enfant ?  Pédiatrie pratique 4 juin 2015.
6. Académie des sciences. L’enfant, l’adolescent, la famille et les écrans : appel à une vigilance raisonnée sur les technologies numériques. Avril 2019.
7  Nagata JM, Shim JE, Balasubramanian P, et al. Prospective associations between early adolescent problematic screen use, mental health, sleep, and substance use.  Am J Prev Med 2026;70(4):108248.
8. Ter Wolbeeck M, van Doornen LJP, Kavelaars A, et al. Severe fatigue in adolescents: A common phenomenon?  Pediatrics 2006;117(6):e1078-86.

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