À l’aide de données de recherche participative recueillies de 2017 à 2019, des chercheurs d’institutions françaises ont réalisé une cartographie de la répartition des principales espèces de tiques en France hexagonale, et de leur contamination par différents agents pathogènes. Les résultats sont édifiants !

Les beaux jours reviennent, et avec eux les tiques et le cortège de maladies qu’elles nous transmettent. Près de 40 espèces de tiques pullulent en France, réparties en six genres principaux : Ixodes (le plus ubiquitaire), Dermacentor, Rhipicephalus, Haemaphysalis et Hyalomma (tiques dures de la famille des Ixodidae), ainsi qu’Argas (tiques molles de la famille des Argasidae). Les tiques dures sont les plus incriminées dans les piqûres humaines ; elles sévissent le jour et font de longs repas sanguins (trois à dix jours).

Les pathogènes transmis varient en fonction du genre de la tique, comme indiqué dans l’encadré.

Afin d’améliorer la prévention des maladies à tiques, le programme de recherche participative Citique, coordonné par l’INRAE, a été lancé en 2017. Concrètement, les citoyens sont invités à participer en signalant leurs piqûres via l’application Signalement Tique, le site web www.citique.fr ou un formulaire papier, et en envoyant les tiques au centre INRAE Grand Est-Nancy. En se basant sur 2 009 tiques reçues entre 2017 et 2019, des scientifiques ont cartographié la distribution spatiale des différentes espèces en France, ainsi que celle des agents pathogènes qu’elles transmettent. Les résultats sont parus en février 2026 dans Ticks and Tick-borne Diseases.

Une large majorité d’Ixodes ricinus 

Sept espèces de tiques ont été recensées, surtout à l’issue de piqûres dans des jardins. 77 % des tiques étaient au stade nymphal, donc petites et passant facilement inaperçues.

94 % des arthropodes identifiés appartenaient à Ixodes ricinus . Leur distribution est indiquée en figure 1A. Cette espèce est très majoritaire (88 à 99 %) dans toutes les régions, à part en Provence-Alpes-Côte d’Azur (61 % des tiques) et en Corse (qui toutefois manque d’échantillons, avec seulement 3 tiques récoltées).

Concernant les 6 % d’autres tiques, environ la moitiérelèvent du genre Dermacentor , qu’on retrouve dans toute la France (les carrés rouges sur la figure 1B). Les Rhipicephalus arpentent le Sud de la France, notamment dans les zones à climat méditerranéen.

La région PACA abrite la plus grande diversité de tiques : D. marginatus y représente 15 % des tiques récoltées, de même que R. sanguineus , et la seule tique recensée du genre Hyalomma vient de cette région.

15 % de tiques vectrices de la borréliose de Lyme

En tout, 27,7 % des tiques sont porteuses d’au moins un agent pathogène. Ainsi, 15,4 % des tiques I. ricinus hébergent l’agent de la maladie de Lyme ; 7,1 % A. phagocytophilum, 7,1 % Rickettsia, 2,6 % N. mikurensis et 1,3 % Babesia.

Quant aux tiquesdu genre Dermacentor , 25 % sont porteuses de Rickettsia et 5 % d’A. phagocytophilum.

Les proportions de tiques infectées par l’agent de la borréliose de Lyme varient fortement selon les régions, comme indiqué dans la figure 2 :

  • > 17,5 % dans le Grand Est, en Centre Val de Loire, Bourgogne-Franche-Comté, Nouvelle Aquitaine et Auvergne-Rhône-Alpes ;

  • ≤ 5 % en PACA,

  • Entre 5 et 10 % en Normandie.


Pour Rickettsia , la région PACA se démarque, avec une proportion de tiques porteuse comprises entre 25 et 35 %, suivie par les régions Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté et Occitanie (entre 17,5 et 20 %). À l’inverse, les régions de l’Ouest de la France (Bretagne, Normandie, Pays de la Loire, Centre Val de Loire) sont à très bas risque pour cette infection (≤ 5 %).

Les chercheurs n’ont pas relevé dans les échantillons récoltés les virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo et de l’encéphalite à tiques, ni d’autres bactéries pathogènes pourtant décrites en France (Francisella tularensis, Coxiella burnetti, Ehrlichia canis, Babesia bovis).

Enfin, 4,5 % des tiques récoltées hébergent au moins 2 agents pathogènes, notamment N. mikurensis et Babesia , responsables respectivement de la néoehrlichiose et de la babésiose.

Qu’en retenir ?

L’INRAE souligne que cette étude montre l’intérêt des sciences participative pour déterminer la distribution spatiale des tiques et de leurs agents pathogènes dans l’Hexagone. La publication souligne aussi la présence de pathogènes moins connus, à l’image de la bactérie causant la néoehrlichiose. Les cartographies établies profitent selon l’institution aux professionnels de santé, qui disposent d’une meilleure connaissance des agents pathogènes sur leur territoire.

De manière générale, on peut en conclure quedans l’Hexagone, les tiques piquant les humains sont avant tout des nymphes d’I. ricinus , à part en PACA et en Corse où elles coexistent avec des adultes et des nymphes Dermacentor et Rhipicephalus.

I. ricinus est plus souvent contaminée par l’agent de la borréliose de Lyme dans les régions du Centre et de l’Est de la France et en Nouvelle Aquitaine, moins en Normandie et très rarement en PACA. Cela est attendu, du fait de la moindre tolérance d’I. ricinus pour les climats chauds et secs. En revanche, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, le risque d’exposition à des tiques porteuses de Rickettsia est plus élevé.

Encadre

Pathogènes transmis par les tiques selon le genre

  • Ixodes  : transmet surtout la borréliose de Lyme (causée par les bactéries Borrelia burgdorferi sensu lato), l’anaplasmose (infection bactérienne due à Anaplasma phagocytophilum) et le virus de l’encéphalite à tiques (Orthoflavivirus zilberi), mais aussi la néoehrlichiose (bactérie Neoehrlichia mikurensis), la tularémie (bactérie Francisella tularensis) ou la babésiose (parasites du genre Babesia) ;

  • Dermacentor  : responsable surtout de rickettsioses à Rickettsia raoultii ou R. slovaca ;

  • Rhipicephalus    : transmet R. conorii, responsable de la fièvre boutonneuse méditerranéenne ;

  • Hyalomma  : vecteur du virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (Orthonairovirus haemorrhagiae), sans cas autochtone connu. Cependant, ce genre de tique est bien implanté en Corse et dans le Sud de la France, et 11 cas autochtones ont été répertoriés en Espagne.

Pour en savoir plus
Durand J, Bah TM, Lebert I, et al. Distribution of tick-borne microorganisms in human-biting ticks in France collected through a citizen-science program. Ticks Tick Borne Dis 2026;17(2):102612.
INRAE. Programme CiTIQUE : cartographie des espèces de tiques et des agents pathogènes qu’elles transmettent. 10 mars 2026.
Nobile C. Tiques : quel risque dans votre région ? Rev Prat (en ligne) 24 juillet 2023.
Mallordy F. Tiques en France : quel risque sur votre lieu de vacances ? Rev Prat (en ligne) 13 juillet 2022.
Bourée P. Tiques : aussi dans les jardins ! Rev Prat (en ligne) 18 août 2022.
Lire aussi :
Nobile C. Maladie de Lyme : nouvelles recos HAS. Rev Prat (en ligne) 20 février 2025.
Hansmann Y. Les zoonoses en France. Rev Prat Med Gen 2025;39(1101):463-8.
Nobile C. Maladie de Lyme : le vrai du faux ! Rev Prat (en ligne) 15 juillet 2024.
Nobile C. Suspicion de Lyme : que faire en MG, quand et à qui adresser ? Rev Prat (en ligne) 16 mars 2022.
Minella C. Borréliose de Lyme. Rev Prat Med Gen 2025;39(1100):413-7.
Raffetin A, Hansmann Y, Sauvat L, et al. Borréliose de Lyme. Rev Prat 2023;73(2):187-96.

Dans cet article

Ce contenu est exclusivement réservé aux abonnés