La gale est une maladie parasitaire contagieuse et fréquente de la peau. Le diagnostic est parfois difficile, notamment chez les jeunes enfants ou dans les formes paucilésionnelles. Quand l’évoquer ? Comment la traiter en 2026, selon l’âge du patient ? Quelles nouveautés thérapeutiques ?

La gale est due à un acarien, Sarcoptes scabiei variété hominis, dont le cycle parasitaire dure environ 10 à 14 jours (fig. 1). La maladie est transmise par contact humain rapproché et prolongé, dit « peau à peau » ou, plus rarement, par contact indirect via les vêtements ou la literie contaminés (notamment dans les formes profuses et hyperkératosiques). Elle toucherait 100 à 130 millions de personnes chaque année dans le monde, sans distinction de sexe ni d’ethnie ; elle survient par épidémies cycliques, en particulier dans les collectivités.

Quand l’évoquer ?

Le diagnostic est essentiellement clinique. Le prurit est évocateur, d’autant qu’il existe souvent une notion de contage et de prurit familial : il est souvent intense, généralisé, à recrudescence nocturne. Les lésions sont des vésicules, des sillons ou des nodules sur des sites préférentiels : espaces interdigitaux, face antérieure des poignets, coudes, zones axillaires antérieures, fesses, aréoles mammaires, ombilic et organes génitaux masculins (fig. 2). Chez les enfants, les vésicules ou les pustules palmoplantaires, les nodules axillaires et les lésions du visage sont fréquents.

La gale profuse est définie par une atteinte diffuse, parfois érythrodermique, sans hyperkératose ; le dos, le visage, le cou et le cuir chevelu sont souvent atteints. Dans la forme hyperkératosique, l’atteinte peut être diffuse, mais les lésions sont parfois limitées : hyperkératose palmoplantaire, orteil hyperkératosique isolé, atteinte génitale isolée chez l’homme. Ces formes graves sont plus souvent observées chez les personnes âgées vivant en institution ou les patients immunodéprimés. Elles sont beaucoup moins fréquentes que la forme commune mais très contagieuses (plusieurs milliers voire millions de parasites par individu).

Le diagnostic est confirmé par un examen au microscope d’un échantillon prélevé par grattage sur les lésions. Sa sensibilité est insuffisante dans la gale classique. La dermoscopie est une alternative ou un complément utile pour visualiser le parasite.

Quel traitement ?

La prise en charge repose sur des acaricides neurotoxiques. Deux traitements topiques sont disponibles en France : benzoate de benzyle 10 % émulsion et perméthrine 5 % crème. Les EI sont en général bénins (prurit, sensation de brûlure, eczématisation ou irritation locale), mais peuvent être responsables d’une moindre observance. Seul médicament oral disponible : l’ivermectine, qui a une AMM chez l’adulte et l’enfant de plus de 15 kg. La prise avec un repas améliore son absorption.

D’après une vaste étude française (essai SCRATCH), publié dans le BMJ en 2026, la perméthrine appliquée correctement à J0 et J10 serait supérieure à l’ivermectine orale pour la guérison clinique à J28 (à la fois pour les patients et la famille contact). Le traitement par ivermectine reste toutefois une option importante dans certaines situations : chez les patients âgés ou ayant des difficultés de compréhension ou d’observance, en cas de dermatose associée (eczéma, surinfection bactérienne), d’épidémie en collectivité.

Tous ces molécules sont peu ou pas actives sur les œufs de sarcoptes : il faut donc renouveler systématiquement le traitement à 7 à 10 jours d’intervalle, même pour l’ivermectine (à la dose de 200 µg/kg ; hors AMM).

Chez le jeune enfant

Pour l’enfant de < 15 kg, l’algorithme en figure 3 synthétise le traitement en cas de gale commune (algorithme interactif ici, d’après les recos de la SFD de 2024).

En pratique, après l’âge de 2 ans, même si poids < 15 kg, le traitement de première ligne peut être local (perméthrine 5 % ou benzoate de benzyle 10 % émulsion) ou oral (ivermectine 200 µg/kg). L’ivermectine doit être privilégiée en cas de doute sur l’observance, de peau lésée ou de cas groupés.

Chez le nourrisson entre 2 et 24 mois, les topiques sont à utiliser en 1re intention. La perméthrine, mieux tolérée que le benzoate de benzyle, doit être privilégiée chez l’enfant < 1 an ou en cas de peau lésée ou d’atteinte du visage. En 2e intention, les deux options sont envisageables.

Avant l’âge de 2 mois, la perméthrine est préférée au benzoate de benzyle car mieux tolérée, même si elle n’a une AMM qu’à partir de 2 mois.

Chez la femme enceinte ou allaitante

En 1re intention, la perméthrine, le benzoate de benzyle ou l’ivermectine peuvent être prescrits au cours des 2e et 3e trimestres de grossesse et durant l’allaitement. L’ivermectine n’est proposée qu’en 2e intention au premier trimestre.

En cas de contact avec un cas de gale, un traitement est fortement recommandé, en particulier au 3e trimestre, pour éviter la contamination du nouveau-né (traitement local ou ivermectine ; une surveillance clinique rapprochée peut être une alternative possible au 1er ou au 2e trimestre).

Comme pour l’enfant, une gale profuse et/ou hyperkératosique nécessite un traitement au cas par cas (hospitalisation traitements combinés répétés). Un algorithme synthétisant le traitement en cas de grossesse ou allaitement est représenté en figure 4 (algorithme interactif ici).

Modalités pratiques du traitement

La bonne compréhension du traitement et l’observance des patients sont primordiales pour sa réussite.

Les modalités d’administration des traitements topiques sont détaillées dans la figure 5. Le patient doit être traité sur toutes les régions du corps, « de la tête aux pieds », y compris le cuir chevelu, les paumes, les plantes et les ongles, les espaces interdigitaux, les sillons rétro-auriculaires, le pli interfessier et les organes génitaux (respecter les muqueuses) ; chez l’enfant, l’appliquer aussi sur le visage. La perméthrine s’applique en une couche unique le soir, pour être rincée le lendemain matin alors que le benzoate de benzyle nécessite deux badigeons successifs à 10 - 15 minutes d’intervalle, le second à laisser en place 24 h ; chez les moins de 2 ans, on emploie un seul badigeon, à laisser poser 12 h (voire 6 h chez les moins de 1 an ; irritant +++).

Pour l’administration de l’ivermectine chez l’enfant, en l’absence d’une forme en sirop en France, il faut écraser et diluer les comprimés ou faire préparer des gélules par les pharmaciens (modalités détaillées en figure 6).

Les cas index mais aussi l’ensemble des sujets contacts doivent être traités simultanément, avec deux doses ou applications.

Le prurit peut persister après le traitement. L’application d’un émollient est recommandée après le traitement acaricide.

Mesures associées : essentielles

Il faut traiter systématiquement l’environnement. La décontamination du linge et de la literie doit être faite le lendemain de la prise de l’ivermectine, ou le jour même en cas d’utilisation d’un topique. Les mesures efficaces sont indiquées dans la figure 7.

En cas d’épidémie en collectivité, la prise en charge doit être rigoureuse et adaptée à chaque structure. Pour le milieu préscolaire ou en crèche : recos dans l’encadré ci-dessous.

Par ailleurs, la gale est inscrite au tableau de maladies professionnelles n° 76 relatif aux maladies liées à des agents infectieux ou parasitaires contractées en milieu d’hospitalisation et d’hospitalisation à domicile, ou en EHPAD.

Alternatives thérapeutiques

Si des résistances aux principales molécules émergent, les recos britanniques soulignent qu’une partie importante des « échecs » correspond en réalité à un diagnostic erroné, une mauvaise observance ou à un traitement incomplet/mal conduit. Parmi les alternatives thérapeutiques à l’étude, figurent des antiparasitaires utilisés en médecine vétérinaire. Le candidat le plus intéressant est la moxidectine, un antiparasitaire oral à demi-vie plus longue que l’ivermectine, qui pourrait premettre un traitement en dose unique. Les traitements à base d’huiles essentielles ne sont pas recommandés.

Encadre

Conduite à tenir en cas de gale en milieu préscolaire ou en crèche

  • Un seul cas de gale classique : ne traiter que les personnes ayant des contacts cutanés prolongés et étroits.

  • Deux cas ou plus de gale classique : traiter l’entourage proche et les personnes travaillant dans l’institution selon les caractéristiques de la structure (dortoirs…) ; les visiteurs occasionnels ne sont pas concernés.

  • Gale sévère : le traitement des personnes fréquentant occasionnellement l’institution ou visitant le domicile du patient doit être discuté.

  • Suivi : de 6 à 12 semaines, en fonction de l’étendue de l’épidémie.

D’après : Nobile C. Gale : nouvelles recos chez les enfants et les femmes enceintes. Rev Prat (en ligne) 9 septembre 2024.

Pour en savoir plus
Bernigaud C, Chosidow O. La gale.  Rev Prat 2018;68(1);63-8.
Tala-Ighil T, Monsel G. Item 171 (ancien 167). Gale et pédiculose.  Rev Prat 2020;70(3):3075-81.
Nobile C. Gale : nouvelles recos chez les enfants et les femmes enceintes.  Rev Prat (en ligne) 9 septembre 2024.
Morand A, Weill A, Miquel J, et al. Management of scabies in children under 15 kg and pregnant or breastfeeding women: Recommendations supported by the Centre of Evidence of the French Society of Dermatology. Br J Dermatol 2024;191(6):1014-6.
Bernigaud C, Fernando D, Lu H, et al. Efficacité de différentes conditions de lavage en machine vis-à-vis de S. scabiei : propositions de recommandations.  Ann Dermatol Venereol 2017;144(12S):S78.
Karimkhani C, Colombara DV, Drucker AM, et al. The global burden of scabies: A cross-sectional analysis from the Global Burden of Disease Study 2015. Lancet Infect Dis 2017;17(12):1247-54.
Chosidow O, Fuller LC. Scratching the itch: Is scabies a truly neglected disease?  Lancet Infect Dis 2017;17(12):1220-1.
Haut Conseil de la santé publique. Recommandations relatives à la conduite à tenir devant un ou plusieurs cas de gale. 9 novembre 2012.
Fang F, Bernigaud C, Candy K, et al. Efficacy assessment of biocides or repellents for the control of Sarcoptes scabiei in the environment.  Parasit Vectors 2015;8:416.
Chosidow O. Gale : résultats d’une grande étude française sur le traitement de la gale classique.  Dermato info 19 janvier 2026.
Société française de dermatologie. Recommandations gale commune : chez l’enfant < 15 kg, la femme enceinte ou allaitante. Janvier 2024.
Center Watch. Efficacy and safety study of moxidectin in adults with scabies. 14 juin 2026.
Morris G, Haddow L, Sashidharan PN, et al. British Association for sexual health and HIV national guideline on the management of scabies in adults 2025. Int J STD AIDS 2025;0(0):1-17.
Outil :
Ordonnance type à télécharger : https ://document.sfdermato.org/reco/gale/ordonnance-type-gale.doc.

Dans cet article

Ce contenu est exclusivement réservé aux abonnés

Une question, un commentaire ?