Le changement climatique nous expose à des températures plus élevées, notamment lors de vagues de chaleur. Ces dernières peuvent entraîner des conséquences délétères sur la santé, surtout chez les populations vulnérables : syndrome d’épuisement-déshydratation, coup de chaleur, décompensation de maladies respiratoires, cardiovasculaires, rénales... Il en résulte une surmortalité : lors des étés 2017 - 2025, 30 % des décès attribuables à la chaleur ont eu lieu lors de canicules (4 % des jours étudiés). Plus récemment, les vagues de chaleur de l’été 2026 ont été particulièrement meurtrières, avec plus de 35 000 décès en Europe dont 7 300 en France.
Face à cette problématique, la climatisation est-elle une solution ? Oui, d’après le Lancet Countdown. Cette collaboration scientifique internationale estime qu’elle a prévenu environ 200 000 décès chez les plus de 65 ans en 2019. Mais des zones d’ombre demeurent : les études actuelles extrapolent des données locales et supposent une relation linéaire entre chaleur et mortalité.
Des scientifiques de l’Université Yale ont donc réalisé une étude pour évaluer dans quelle mesure l’utilisation de la climatisation domestique modifie l’association entre température et mortalité. Ils ont ainsi estimé le nombre de décès évité aux États-Unis, où son usage est très commun (9 foyers sur 10, contre un quart des ménages français). Les chercheurs ont utilisé 3 types de données :
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des modélisations de l’utilisation annuelle moyenne de la climatisation (en kWh) par comté (l’équivalent d’un département français) en 2015 ;
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la température quotidienne moyenne, avec une résolution géographique de 4 km × 4 km, ainsi que le nombre d’habitants (résolution de 1 km × 1 km) entre 2010 et 2020 ;
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les dossiers sur 30 millions de décès survenusaux États-Unis entre 2010 et 2020, incluant la date et le comté, l’âge, le sexe et la cause.
À partir de ces informations, l’association non linéaire entre température et mortalité a été évaluée comté par comté via une régression logistique. Cette dernière a été pondérée par le niveau moyen de climatisation et des variables sociodémographiques et climatiques. Ces courbes ajustées ont permis de calculer la température associée au risque minimal de décès (MMT), ainsi que la température la plus élevée sans surrisque lié à la chaleur (THD). L’intervalle MMT-THD délimite une « plage thermique de mortalité minimale due à la chaleur ». Les décès en excès par rapport à la normale survenus lorsque la température dépassait la MMT ont été attribués à la chaleur.
En regroupant les données des comtés, les scientifiques ont estimé le nombre de décès évités à l’échelle nationale grâce à la climatisation par rapport à un scénario d’usage « quasi nul » (< 344 kWh). Enfin, ils ont comparé ce dernier cas de figure à des scénarios d’utilisation croissante, pour mesurer l’association entre mortalité et intensité de la climatisation.
Plus de 5 000 décès évités par an
Les résultats sont parus le 31 août 2026 dans Nature Health, une nouvelle revue du groupe Nature. De 2010 à 2020, les auteurs ont recensé 3 928 décès/an attribuables à la chaleur. La climatisation domestique annuelle médiane était de 1 397 kWh (écart interquartile ≈ 700 - 2 000 kWh).
Par rapport à un scénario d’usage quasi nul, 5 267 décès/an ont été évités grâce à la climatisation des habitations (I 95 % : de - 583 à 12 583). Autrement dit, la climatisation a réduit de plus de moitié (57 %) la mortalité attribuable à la chaleur aux États-Unis.
Cela se traduit par 1,65 décès évité/100 000 personnes/an – un chiffre qui fluctue selon le comté etaugmente dans les régions chaudes, avec des valeurs multipliées par 4 ou plus en Floride.
Les différents scénarios montrent que l’utilisation croissante de la climatisation est corrélée àune diminution du risque de décès lors des canicules, exprimé en odds ratio (> 1 : surrisque) :
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à 500 kWh de climatisation, OR = 1,022 (IC95 % = 1,011 - 1,033) ;
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à 700 kWh, OR = 1,019 (1,011 - 1,027) ;
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à 1 400 kWh, OR = 1,008 (0,999 - 1,017) ;
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au-delà de 1 400 kWh, l’OR stagne sans réduction supplémentaire du risque.
L’intensification de la climatisation est également associée à un élargissement de la plage thermique sans surmortalité lié à la chaleur.
Des risques aussi ?
Les auteurs considèrent que leur étude « souligne l’importance de la climatisation comme intervention efficace contre la mortalité liée à la chaleur. Elle met en évidence la nécessité de recherches supplémentaires afin de quantifier les effets néfastes sur la santé associés à son utilisation, et d’élaborer des stratégies permettant d’équilibrer avantages et risques potentiels. »
Cette analyse présente toutefois plusieurs limites : l’usage de la climatisation est issu de modélisations sur l’année 2015, et les autres mesures d’adaptation (mise à disposition de lieux frais par exemple) n’ont pas été prises en compte. Enfin, l’étude n’a pas intégré les effets délétères indirects de la climatisation : pollution atmosphérique aux gaz à effet de serre et aux particules fines, pic de consommation électrique, contribution aux îlots de chaleur urbains (ICU) par le rejet d’air chaud à l’extérieur… Par exemple, une étude japonaise de 2023 estime qu’en milieu urbain, 3 % des décès liés à la chaleur sont attribuables à la climatisation en raison de sa contribution aux ICU.
Yale school of the environment. How much air conditioning usage actually prevents heat deaths?31 août 2026.
Sante.gouv. Les vagues de chaleur et leurs effets sur la santé. 29 juillet 2026.
Mallordy F. Réchauffement et inactivité physique : 5 000 décès supplémentaires par an ! Rev Prat (en ligne) 10 juillet 2026.
Mallordy F. Canicules urbaines : 40 % des décès évitables grâce… aux arbres ! Rev Prat (en ligne) 29 mars 2023.
Bourée P. Coup de chaleur : une urgence médicale ! Rev Prat (en ligne) 27 juillet 2021.
Martin Agudelo L. Canicule : les bons réflexes. Rev Prat (en ligne) 17 juillet 2023.
Martin Agudelo L. Chaleur et sport : comment limiter les risques ? Rev Prat (en ligne) 28 juillet 2025.