D’après une estimation basée sur une cohorte en population générale et publiée en 2025, la prévalence de la MRC serait d’environ 6,3 % en France, et d’environ 1,33 % pour les MRC de stade 3 à 5 (débit de filtration glomérulaire estimé (DFG) < 60 mL/min/1,73m²).
Oscillant entre le stade 3a (insuffisance rénale légère à modérée ; DFG = 45 - 59 mL/min/1,73m²) et le stade 3b (IR modérée à sévère ; DFG = 30 - 44 mL/min/1,73m²), la MRC de stade 3 représente un défi singulier en médecine générale. Cette maladie se situe entre des atteintes légères requérant un suivi minimal en soins primaires (voir figure : annuellement ; EAL, glycémie, créatininémie, rapport albuminurie/créatininurie [RAC]), et des atteintes lourdes (insuffisance rénale sévère à terminale) suivies et prises en charge par des spécialistes. Majoritairement à la charge du MG, le bon suivi de la MRC de stade 3 est donc crucial, car une progression à ce stade peut mener à une dégradation sévère nécessitant un suivi spécialisé.
Si ce suivi fait déjà l’objet de recos, par exemple en France (détaillées dans la figure ci-contre), un audit des pratiques outre-Manche a montré que les généralistes britanniques utilisent en routine un éventail plus ou moins large de tests au stade 3, en plus des essentiels – la créatininémie pour mesurer le DFG, et le RAC pour compléter l’évaluation des risques rénal et cardiovasculaire. Ces tests supplémentaires sont parfois nombreux : HbA1c, EAL, hémogramme (NFS), mais aussi tests de la fonction hépatique, ionogramme, ferritine, CRP, etc. Parmi eux, lesquels sont vraiment utiles ?
Une liste minimale de tests sanguins
Afin de séparer le bon grain de l’ivraie, un panel de 5 généralistes, 3 représentants de patients, une infirmière spécialisée en soins primaires et un néphrologue ont proposé par consensus une liste minimale et basée sur la littérature des tests sanguins à prescrire en routine en soins primaires pour le suivi des patients souffrant de MRC de stade 3.
Leur choix s’est appuyé sur des revues ciblées de la littérature, et portant sur des revues systématiques et les guidelines du NICE. L’analyse n’a pas inclus le RAC (examen urinaire).
Le résultat de ce travail est paru le 25 février 2026 dans le Lancet Primary Care – un des derniers-nés de la famille de journaux du Lancet, dédié à guider la pratique en soins primaires. Dans la MRC de stade 3, le groupe recommande seulement la réalisation systématique des tests sanguins suivants :
- créatininémie, pour mesurer le DFG (au moins 1 fois/an) ;
- urémie, pour prédire un déclin rapide du DFG selon les auteurs ;
- HbA1c pour détecter le DT2 ;
- hémogramme (NFS), pour détecter l'anémie ;
- kaliémie, seulement chez les patients sous IEC ou sous sartans (pour détecter hypo- et hyperkaliémies).
Hormis pour le DFG, les auteurs ne précisent pas la fréquence de ces examens, par manque de preuves. Par ailleurs, ils séparent les autres tests sanguins entre ceux disposant d’un argumentaire ou d’un niveau de preuves incertains (kaliémie, natrémie, tests de la thyroïde, calcémie), et ceux sans preuves de bénéfices en routine (EAL, ferritine, tests de la fonction hépatique [après stabilisation du traitement par statine], folate, CRP, tests de coagulation, vitamine D, vitamine B12, vitesse de sédimentation).
« Même si les tests de la fonction hépatique et l’EAL sont communément prescrits en routine en soins primaires, nos résultats suggèrent que ces pratiques ne sont pas soutenues par des preuves , commentent les auteurs. Toutefois, de nombreuses personnes atteintes de MRC prennent des statines et les préconisations britanniques recommandent une surveillance annuelle des lipides sous statines [tout comme en France , NDLR], ce qui pourrait expliquer leur fréquente prescription. »
Ces recos apparaissent minimalistes par rapport aux préconisations françaises, notamment concernant la MRC de stade 3b (voir figure), avec l’absence de tests supplémentaires que la HAS recommande à la recherche de complications : ionogramme (pour rétention hydrosodée et troublées hydroélectriques), albuminémie (dénutrition), ferritine sérique, parathormone (troubles phosphocalciques). Enfin, la HAS note que « la recherche d’autres facteurs de risque cardiovasculaires, de maladie cardiovasculaire, est systématique » , avec les examens biologiques suivant : EAL, dosage d’HbA1c chez le diabétique, dosage de l’uricémie (en cas de goutte symptomatique).
Si les conclusions de la publication ne sont pas à prendre pour argent comptant, cette dernière a le mérite de proposer une première piste concrète pour optimiser l’usage des tests sanguins de routine dans la MRC de stade 3, afin d’améliorer l’utilité des examens prescrits en soins primaires. Par ailleurs, les auteurs notent qu’il ne faut pas négliger les risques d’un suivi sous-optimal pour les patients en stade 3b et/ou atteints de comorbidités ; certains patients peuvent bénéficier de tests supplémentaires par rapport à la liste établie, qui se veut seulement un socle minimal.
HAS. Maladie rénale chronique de l’adulte : les points critiques du parcours. Septembre 2023.
HAS. Guide du parcours de soins – Maladie rénale chronique de l’adulte (MRC). Septembre 2023.
CUEN. Item 264. Insuffisance rénale chronique chez l’adulte et l’enfant. Manuel de néphrologie (11e édition), 2025.
Pour aller plus loin :
Marchal A, Boffa JJ. Insuffisance rénale chronique. Rev Prat Med Gen 2022;36(1066):178-82.
Nobile C. Maladie rénale chronique : mise à jour des recos. Rev Prat (en ligne) 14 octobre 2021.
Fouque D. Place des régimes alimentaires dans la maladie rénale chronique. Rev Prat Med Gen 2025;39(1093):15-20.
Sens F, Laville M, Groisne L, et al. Actualités dans la néphroprotection. Rev Prat 2025;75(3):239-46.