Accusés de favoriser la prise de poids, le diabète ou encore les maladies CV, les sucres ont mauvaise presse. Mais que sait-on réellement de leurs effets sur la santé ? Tous les sucres se valent-ils ? Que penser des alternatives, notamment des édulcorants ?

L’être humain a une appétence innée pour le goût sucré, mais point trop n’en faut : l’impact défavorable d’une consommation excessive de sucres simples (monosaccharides [glucose, fructose, galactose] et disaccharides [saccharose, lactose]) sur la santé cardiovasculaire (CV) est bien établi. Aujourd’hui, la prévention primaire CV comprend leur limitation, et l’Anses préconise de ne pas dépasser 100 g/j (hors lactose et galactose). Cela n’empêche pas l’agro-industrie d’utiliser massivement ces produits ou leurs dérivés, comme le sirop de glucose-fructose. Ce dernier est ajouté à nombre d’aliments pour améliorer leur appétence (pain de mie, sauces, plats préparés...), sans que le goût permette de déceler ce « sucre caché ».

Mais la perception du grand public change, comme le montre l’enquête 2021 « Comportements et attitudes alimentaires en France » du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie. Questionnés sur les deux principaux éléments nutritionnels à éviter, 41 % des répondants (échantillon représentatif des Français) citent le sucre, avec une longueur d’avance sur les matières grasses (33 %) et l’alcool (25 %). Ces trois réponses étaient pourtant à égalité en 2018.

Au-delà des recos sanitaires et de la disgrâce du sucre, comment l’hyperglycémie dégrade-t-elle le système CV ? Une revue de spécialistes français, parue en mars 2026, répond à cette question.

Des effets indirects bien connus

Une fois absorbés, les glucides simples convergent surtout vers le glucose. Ce dernier est alors utilisé soit comme substrat énergétique – source d’effets CV indirects (prise de poids…) –, soit comme signal métabolique – à l’origine d’effets CV directs (glucotoxicité). À noter, le fructose a des spécificités métaboliques pouvant influencer ses répercussions sur la santé (voir encadré).

Les sucres simples utilisés comme ressource énergétique peuvent être stockés sous forme de glycogène (foie, muscle) ou de triglycérides (tissu adipeux). La consommation excessive de glucose favorise donc la prise de poids, l’augmentation de graisse viscérale, l’hypertriglycéridémie, le DT2 et l’HTA. C’est cette détérioration du profil cardiométabolique qui accroît le risque CV.

Plusieurs grandes études de cohorte américaines, européennes et françaises documentent ces associations. Une publication de 2019 rapporte ainsi un surrisque de mortalité CV atteignant 31 % chez les adeptes de ≥ 2 boissons sucrées/j, par rapport aux non-consommateurs. Une étude prospective britannique estime que chaque augmentation de 5 % de l’apport énergétique en sucres simples (naturels ou ajoutés) augmente de 7 % le risque de maladie CV, de 6 % celui de maladie coronarienne et de 10 % celui d’AVC.

Qu'il s'agisse de fructose, de glucose ou de saccharose, leurs effets sont plus délétères quand ils sont consommés sous forme libre (ajoutés ou non [miel, jus de fruit pur]) que lorsqu'il sont « naturellement présents » – intégrés dans leur matrice cellulaire d'origine, comme dans les fruits et légumes entiers. En effet, les aliments contenant ces sucres apportent une meilleure satiété, moins de calories sucrées par portion, plus de nutriments bénéfiques (fibres, antioxydants, vitamines, minéraux), et permettent une absorption plus lente des glucides simples limitant les pics de glycémie et d'insuline.

Un rôle moléculaire en cours d’investigation

Des observations cliniques, renforcées par des travaux expérimentaux récents, prouvent que le trop-plein de glucose dérègle en lui-même de nombreuses voies métaboliques cardiaques et vasculaires. La glucotoxicité désigne l’ensemble de ces altérations structurelles et fonctionnelles, indépendantes des autres composantes du syndrome métabolique (tour de taille élevé, HTA, faible HDL, hypertriglycéridémie).

Le glucose altère les vaisseaux…

Même transitoire, une hyperglycémie est susceptible d’induire une dysfonction endothéliale, chez des patients ayant une pathologie métabolique comme chez des sujets sains. Pour chaque mmol/L de glycémie à jeun en plus, la dilatation liée au flux (FMD) diminue de 0,52 % (la FMD évalue la dysfonction endothéliale ; sa diminution indique une moindre capacité des artères à se dilater).

Des travaux éclairentle mécanisme clé derrière la glucotoxicité vasculaire : le stress oxydant, c’est-à-dire la perturbation des cellules liées à une production excessive d’espèces réactives de l’oxygène (ERO). Or, l’hyperglycémie exacerbe la production d’ERO.

De plus, lors d’une hyperglycémie, la saturation en glucose entraîne sa redirection anormale versdifférentes voies métaboliques. Surstimulées, certaines d’entre elles endommagent le système vasculaire, notamment la voie PKC (qui altère la vasomotricité), celle des hexosamines (dégrade l’intégrité des vaisseaux) et celle des AGEs (détériore la souplesse vasculaire).

... et intoxique le myocarde

L’excès de sucre ne cause pas que des dégâts vasculaires, le myocarde aussi en pâtit. La glucotoxicité cardiaque passe par trois principaux mécanismes : une surcharge métabolique (surproduction d’ERO), la perturbation de l’homéostasie calcique (augmentation rapide de la concentration cytosolique en calcium et fuites calciques diastoliques, qui favoriserait les arythmies), et la dysfonction mitochondriale (accentuation de la fission mitochondriale ; dans les cardiomyopathies diabétiques, on observe des mitochondries fragmentées, moins fonctionnelles).

Prévenir les altérations structurelles précoces

« Au-delà d’être un substrat énergétique indispensable pour le système cardiovasculaire, le glucose peut devenir un agent glucotoxique induisant stress oxydant, dérèglements de plusieurs voies métaboliques et remaniements structurels irréversibles au niveau du tissu vasculaire et myocardique », concluent les scientifiques. Ces données renforcent le besoin de limiter la consommation de sucres simples, non seulement en raison de leur impact pondéral, mais aussi pour prévenir les altérations vasculaires et myocardiques précoces.

Cependant, les spécialistes soulignent que les mécanismes de glucotoxicité directe dérivent d’observations sur des modèles animaux ou cellulaires. Ils n’en sont pas moins pertinents en vie réelle : « Les études cliniques s’intéressant aux effets aigus d’une consommation unique de soda rapportent une baisse transitoire de réactivité vasculaire, s’accompagnant d’une augmentation de la production d’ERO », notent ainsi les auteurs.

Les édulcorants, une fausse solution !

La solution pour les gourmands réside-t-elle dans la consommation d’édulcorants ? Ces composés synthétiques disposent d’un pouvoir sucrant, rapporté à leur apport calorique, très supérieur à celui du sucre de table (saccharose). Ils sont de plus en plus utilisés par l’industrie agroalimentaire pour préserver la saveur sucrée avec peu ou pas de calories.

Leur consommation à la place des sucres peut diminuer légèrement le poids à court terme dans un contexte d’alimentation moins riche, sans impact sur la glycémie ni données claires à long terme.

Pour autant, ils ne peuvent être considérés comme une alternative saine, pour plusieurs raisons :


Encadre

Le fructose, un alter ego du glucose qui pose question

Isomère du glucose, le fructose se trouve naturellement dans les fruits, les légumes racine et le miel. Avec le glucose, il est un des deux monomères du saccharose, ou sucre de table. Son pouvoir sucrant est d'environ 1,2, supérieur au saccharose (1) et au glucose (0,7). Il confère donc une saveur plus sucrée que ces derniers, d'où son utilisation pour améliorer l'appétence de produits industriels via les sirops de glucose-fructose (voir texte).

Une fois absorbé, le devenir du fructose diffère de celui du glucose, même si des conversions entre ces deux molécules adviennent fréquemment dans le corps. Contournant l'entrée « classique » dans la glycolyse et son rétrocontrôle inhibiteur par l'ATP et le citrate, le fructose fournit une source complémentaire non régulée par l'insuline de trioses phosphates, des produits intermédiaires de la glycolyse et précurseurs des acides gras. Résultat : le fructose fait peu monter la glycémie et l'insuline, et possède donc un faible index glycémique (19, contre 100 pour le glucose), associé à une moindre sensation de satiété. Il stimule aussi la lipogenèse hépatique.

Ses effets sur la santé restent débattus, notamment en comparaison du glucose et à long terme. Une revue de la littérature du journal de l'EFSA conclut que le fructose « semble augmenter davantage la résistance hépatique à l'insuline et l'uricémie que des quantités équivalentes de glucose », sans observer de différences entre les deux sucres sur la prise de poids, la stéatose hépatique, la tolérance au glucose, la lipidémie et la PA. Une synthèse plus récente liste d'autres effets négatifs du fructose par rapport au glucose : résistance à la leptine (hormone de la satiété), augmentation des triglycérides (notamment en cas d'alimentation trop riche), altération de la paroi digestive.

D'après :

EFSA panel on nutrition, novel foods and food allergens, Turck D, Bohn T, et al. Tolerable upper intake level for dietary sugar. EFSA J 2022 ;20(2) :e07074.

Johnson RJ, Lanaspa MA, Tolan DR, et al. Fructose : Metabolic signal and modern hazard. Nat Metab 2026 ;8(5) :1019 - 33.

Jauzein F. Le fructose : bénéfices et risques. Planet-Vie 17 octobre 2019.

Anses. Rapport d'expertise collective. Actualisation des repères du PNNS : établissement de recommandations d'apport de sucres. Décembre 2016.

Pour en savoir plus
Walther G, Meyer G, Dubois M, et al. Trop de sucre(s) ! Quelles conséquences pour le système cardiovasculaire ? Arch Mal Coeur Vaiss Prat 2026;2026(348):32-40. CC BY 4.0.
Deschasaux-Tanguy M, Srour B, Touvier M. Les édulcorants en question. Rev Prat 2024;74(6):673-6.
Mallordy F. C’est prouvé : l’alimentation ultratransformée est associée à 12 pathologies. Rev Prat (en ligne) 21 novembre 2025.
Leduc C. Tous les aliments sucrés ne se valent pas ! Rev Prat (en ligne) 27 février 2025.
Ribéreau-Gayon A. Moins de sucre dans les 1 000 premiers jours, moins de risque CV à l’âge adulte. Rev Prat (en ligne) 9 mars 2026.
Martin Agudelo L. Trop de sucre chez le fœtus et le bébé fait bondir le risque de diabète et HTA à l’âge adulte. Rev Prat (en ligne) 12 novembre 2024.

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