Une évaluation cardiovasculaire doit être faite avant d’instaurer une thérapie antinéoplasique potentiellement cardiotoxique, puis poursuivie chez tous les sujets à risque. L’objectif est d’en limiter l’impact sur le pronostic global des patients.
La cardio-oncologie est une nouvelle spécialité inter­disciplinaire ayant pour double objectif la prise en charge des complications CV des anticancéreux et aussi des patients ayant une cardiopathie antérieure, pour un traitement optimal de leur néoplasie. Les premières observations de victimes d’insuffisance cardiaque (IC) après traitement par anthracyclines ont été rapportées dans les années 70. Le terme de cardio-oncologie n’apparaît qu’en 1996. C’est l’équipe italienne de Daniela Cardinale qui a jeté les bases de cette nouvelle spécialité et en a publié les premiers grands travaux. Son développement s’est ensuite accéléré, avec l’émergence des nouvelles thérapies ciblées. Ainsi, plusieurs unités cliniques dédiées ont été créées en France, dont la première à Marseille en 2015. En parallèle, la naissance en 2009 d’une société savante internationale, d’un journal spécialisé, de sessions dédiées dans les congrès de cardiologie et d’oncologie, et l’explosion des publications traduisent l’importance croissante de ce domaine. Depuis 2019, sous l’égide de la SFC, le Cercle decardio-oncologie veille au développement de cette spécialité en France et coordonne des travaux nationaux.
Malgré tout cela, la surveillance CV de ces patients à risque est encore à améliorer. De nouvelles recommandations sont disponibles (ECS 20161 et guidelines 2020 de l’ESMO)2 mais ne sont pas encore connues par tous. C’est pourquoi nos efforts doivent se poursuivre !
En effet, il s’agit d’une nouvelle population pour les cardiologues, souvent jeune, complexe, ayant des atteintes multi-organes de pathogénie différente.

Deux types de cardiotoxicité

La prise en charge des patients atteints de cancers a connu ces dernières années de nombreux progrès, avec notamment l’avènement des thérapies ciblées et les immunothérapies améliorant la survie au prix d’une majoration des effets indésirables.
Les complications CV liées aux prises en charge oncologiques peuvent être multiples (dysfonction systolique du ventricule gauche [VG], myocardite aiguë, HTA, allongement de l’intervalle QT, thrombose artérielle ou veineuse, ischémie aiguë), de fréquence et de mécanismes variables selon la molécule administrée.2
Deux grandes classes de toxicité myocardique sont décrites (type 1 et 2). Les anthracyclines peuvent entraîner une dysfonction systolique du VG, qui est considérée dans la majorité des cas comme dépendante de la dose, c’est dire cumulative et en général irréversible (de type 1).
Les thérapies ciblées donnent des effets secondaires, dont la prévalence, les facteurs de risque, la prise en charge et la prévention sont moins bien établis. Elles peuvent provoquer une dysfonction systolique du VG, qui ne semble pas dépendre de la dose. Elle est, en général, réversible à l’arrêt du traitement et/ou à l’instauration d’un cardioprotecteur adapté (toxicité de type 2).1 Au niveau vasculaire, ces thérapies, notamment les anti-angiogéniques, induisent souvent une HTA.
à cette classification, s’ajoutent les nouvelles toxicités telles que les myocardites aiguës sous immuno­thérapies rendant cette distinction entre type 1 et 2 plus difficile.

Dysfonction du VG : qui incriminer ?

De nombreux agents anticancéreux peuvent entraîner une dysfonction systolique du VG ou un épisode d’IC symptomatique (tableau 1). Leur fréquence varie selon la molécule, le mode d’administration, la population considérée, les traitements associés et les modalités de dépistage.1 Cette définition repose avant tout sur la fraction d’éjection ventriculaire gauche (FEVG) : une diminution de 10 % ET une Fevg...

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