Le vapotage progresse, notamment chez les jeunes : 4 % des lycéens vapotaient quotidiennement sans fumer en 2024, contre 0,8 % en 2022.
Les effets délétères associés à la e-cigarette sont moins graves que ceux du tabac, permettant selon l’Anses et les recommandations des sociétés savantes son utilisation dans le sevrage tabagique.
Cependant, le vapotage n’est pas anodin. Si les premières investigations se sont centrées sur les risques pulmonaires, les éventuels effets CV demeurent mal compris. Des études précliniques et cliniques suggèrent l’arythmogénicité du vapotage, qui pourrait s’expliquer par les propriétés pro-arythmiques de la nicotine et/ou par des produits de dégradation de la e-cigarette (aldéhydes).
Pour en savoir plus, des médecins de Floride ont mené une étude rétrospective sur des données du réseau de recherche TriNetX, qui contient les dossiers médicaux partagés (DMP) de plus de 150 millions de patients étatsuniens. Les personnes incluses dans cette analyse étaient des adolescents ou de jeunes adultes (11 - 24 ans) dont le DMP avait été alimenté entre janvier 2020 et janvier 2025. Ils ont été classés en 2 groupes : les vapoteurs, définis par un diagnostic de trouble lié au vapotage ou une dépendance à la nicotine sans précision de la consommation associée ; les non vapoteurs, sans ces diagnostics (groupe contrôle).
Ont été exclues les personnes :
dont la dépendance à la nicotine était attribuée à la cigarette ou à d’autres produits du tabac ;
souffrant d’un trouble lié à la consommation d’un autre stimulant ;
avec des antécédents de malformations cardiaques congénitales, d’insuffisance cardiaque, de cardiomyopathie, d’arrêt cardiaque, d’hypothyroïdie, d’IRC, de TDAH ou de thyrotoxicose ;
ayant des prescriptions de bêtabloquants, d’IEC ou d’inhibiteurs calciques.
Ensuite, un appariement suivant un ratio 1 :1 a associé les vapoteurs avec des individus du groupe contrôle en prenant en compte les principales caractéristiques sociodémographiques.
Le suivi du groupe vapotage a commencé lors du premier diagnostic de trouble lié au vapotage ou de dépendance à la nicotine, et celui du groupe contrôle à la première visite médicale durant la période d’étude. Le critère de jugement principal était l’association entre le vapotage et la survenue d’anomalies du rythme cardiaque, évaluée par odds ratio (OR) et hazard ratio (HR).
Un risque doublé d’arythmie
Les résultats sont parus en juin 2026 dans le Journal of Pediatrics. Sur 9 261 074 patients de TriNetX respectant les critères d’inclusion, 57 202 vapotaient (âge moyen ± écart-type = 20,7 ± 2,57 ans ; 46,87 % de femmes). Après appariement, le même nombre de sujets contrôle a été sélectionné, avec des caractéristiques sociodémographiques similaires.
Le suivi médian était de 210 jours dans le groupe vapotage et de 280 jours dans le groupe contrôle.
Les usagers de e-cigarette avaient un risque 82 % plus élevé que les autres d’être diagnostiqués d’un trouble du rythme (OR = 1,82 ; IC95 % = 1,74 - 1,91 ; p < 0,001). L’analyse longitudinale montre également que le risque de développer ces troubles était presque doublé dans le groupe exposé au vapotage par rapport au contrôle (HR = 1,97 ; 1,88 - 2,06 ; p < 0,001).
Les auteurs en concluent qu’il existe « un lien entre la consommation de cigarettes électroniques et un risque accru d’anomalies du rythme cardiaque chez les adolescents et les jeunes adultes. Ces résultats mettent en évidence les conséquences électrophysiologiques cardiaques potentiellement néfastes du vapotage dans cette population. »
Toutefois, cette étude présente plusieurs limites : sa nature observationnelle empêche d’établir une causalité ; le vapotage est souvent sous-renseigné dans les DMP, ce qui peut introduire un biais de classification ; le type d’arythmie n’est pas connu ; le suivi est court.
Des recherches supplémentaires sont donc nécessaires pour éclairer les mécanismes physiopathologiques sous-jacents.
Baudon JJ. Vapotage des jeunes : le cœur s’emballe. JIM 25 septembre 2026.
Nobile C. Risques du vapotage : première expertise de l’Anses. Rev Prat (en ligne) 5 février 2026.
Martin Agudelo L. Vapotage : quels risques pulmonaires et cardiovasculaires ? Rev Prat (en ligne) 6 mai 2025.
Mallordy F. Vapotage : quels risques de pathologies pulmonaires et de cancer ? Rev Prat (en ligne) 6 février 2025.