L’incontinence urinaire d’effort (IUE) correspond à une plainte de perte involontaire d’urines à l’effort, lors d’une activité physique (par exemple, une activité sportive), lors de la toux ou d’éternuements. L’incontinence urinaire posturale, correspondant à une perte involontaire d’urines associée à un changement de position du corps (par exemple lors du passage de la station assise ou couchée à la station debout), est également à rapprocher de l’IUE. Lorsque cette dernière s’accompagne de troubles de la phase de remplissage vésical (urgenturies, pollakiurie, nycturie), on parle d’incontinence urinaire mixte1.

Facteurs de risque et mécanismes

En 2004 en France, 14  % des femmes rapportaient une IUE, dont 10  % des 18 à 44 ans, 18  % des 45 à 59 ans, et 16  % des 60 ans et plus. L’IUE était ainsi la deuxième cause d’incontinence chez la femme après l’incontinence urinaire mixte2.

La grossesse, le surpoids, l’obésité, les antécédents d’hystérectomie ou de chirurgie pelvienne, le diabète, les pathologies pulmonaires et le syndrome métabolique sont associés à un risque majoré de développer une IUE3.

L’incontinence urinaire occasionne des coûts directs et indirects importants pour les patientes et la société  : 40  % des patientes incontinentes portent des protections, non remboursées2, et l’anxiété et la gêne occasionnée par l’incontinence peuvent provoquer des restrictions de participation aux activités de la vie courante (activité physique, déplacements, vie sociale…).

L’IUE peut être causée par deux mécanismes, parfois combinés  : une hypermobilité urétrale due à une perte de l’efficacité du support du col vésical et de l’urètre et une insuffisance sphinctérienne propre, pouvant découler d’atteintes du sphincter par une chirurgie pelvienne, une radiothérapie, un traumatisme, une pathologie neurologique, ou dues à l’âge.

Le médecin généraliste occupe une place primordiale dans le dépistage et la prise en charge de l’IUE  : seules 33 à 60  % des patientes osent aborder la question de l’incontinence urinaire avec un médecin, et leur médecin traitant est l’interlocuteur privilégié dans la moitié des cas2,4. Dans cette situation, la problématique de l’incontinence urinaire est abordée essentiellement à l’occasion d’une consultation pour un autre motif (82  % des cas).

Diagnostic et dépistage

Devant une incontinence urinaire, l’interrogatoire s’intéresse aux antécédents chirurgicaux pelvipérinéaux, aux antécédents obstétricaux, à la présence d’un surpoids, aux circonstances dans lesquelles les épisodes d’incontinence apparaissent (lors d’une activité physique, au lever, à la toux). Un calendrier mictionnel sur trois jours permet d’estimer le nombre d’épisodes d’incontinence urinaire, et de rechercher un trouble de la phase de remplissage vésical associé (urgenturie, pollakiurie, nycturie). La mesure du poids des protections portées, sur vingt-quatre heures en vie courante, permet de quantifier l’incontinence urinaire (PAD test). Des questionnaires de symptômes, comme l’urinary symptom profile (USP), peuvent aider à distinguer les différents types d’incontinence urinaire5.

L’examen physique recherche la présence d’une sécheresse vulvovaginale et d’un prolapsus pelvien, ainsi qu’une incontinence urinaire à la manœuvre de Valsalva ou à la toux, réalisée au mieux en position debout. 

La mesure par échographie d’un résidu postmictionnel est indiquée en cas de trouble de la phase de vidange ou avant une prise en charge chirurgicale. 

L’évaluation du haut appareil urinaire par imagerie n’est pas recommandée de manière systématique.

Dans le cas d’une patiente ayant une IUE sans antécédent de chirurgie de l’incontinence ou pelvienne extensive, ni de radiothérapie pelvienne, sans prolapsus génital gênant, sans trouble de la phase de vidange, et sans pathologie pouvant altérer la fonction vésicale, l’IUE est considérée comme non compliquée, et la réalisation systématique d’un bilan urodynamique n’est pas recommandée3.

Diagnostics différentiels et situations particulières

Une incontinence urinaire permanente et insensible doit faire suspecter une fistule entre l’appareil urinaire et le vagin, en particulier lorsque celle-ci est congénitale ou survient à la suite d’un accouchement ou d’une chirurgie pelvipérinéale étendue. Une urétrocystographie avec clichés permictionnels ou un uroscanner, en cas de suspicion de fistule urétérovaginale, permet le plus souvent d’établir le diagnostic.

L’énurésie correspond à une perte involontaire d’urines insensible survenant principalement pendant le sommeil.

Une IUE peut survenir chez des patientes dans un contexte de pathologie neurologique (syndrome de la queue de cheval, myéloméningocèle), ou à la suite d’une extrophie vésicale. La prise en charge de ces patientes est à réaliser en centre expert de neuro-urologie.

En cas de récidive d’IUE chez une patiente ayant des antécédents de chirurgie pour cette raison, le bilan et la prise en charge doivent être réalisés en centre expert.

Prise en charge par la rééducation en première intention

Le traitement est débuté par la rééducation. La chirurgie est envisagée en cas d’inefficacité.

Rééducation périnéale

La rééducation périnéale est indiquée en première intention dans la prise en charge de l’IUE, pour renforcer les muscles pelvipérinéaux. Elle est éventuellement associée à des techniques de biofeedback et de stimulation électrique. Cette rééducation dure le plus souvent douze semaines, à raison d’une à deux séances par semaine, associées à des exercices d’auto-rééducation. 

Traitements chirurgicaux

Si la rééducation n’a pas été suffisante, des traitements chirurgicaux sont indiqués en seconde intention. 

En cas de défaut de soutènement urétral, une correction chirurgicale peut être proposée. Parmi les techniques utilisées, on peut citer la colposuspension ou l’implantation de bandelettes autologues ou synthétiques (bandelettes sous-urétrales). Il existe deux types de bandelettes synthétiques  : transobturatrices (TOT, trans obturator tape) et rétropubiennes (TVT, tension free vaginal tape) qui correspondent à deux voies d’abord différentes. La pose de bandelettes sous-urétrales synthétiques est aujourd’hui le traitement chirurgical le plus utilisé dans la prise en charge de l’IUE par hypermobilité urétrale après échec de la rééducation périnéale. En 2024, il y a eu 7 887 poses de TOT et 6 897 poses de TVT6. Ces bandelettes ont été largement décriées avec notamment l’affaire des « implant files », en 2018, qui dénonçait le manque de contrôle de ces dispositifs et les effets indésirables liés à leur implantation8. Les taux d’incidences des réopérations et des complications à long terme liées à la pose de ces bandelettes sont hétérogènes, et les données à plus de cinq ans sont rares dans la littérature8. En 2025, les données des complications à long terme chez les patientes implantées entre 2011 et 2018 en France ont été publiées9  : sur la période d’étude, 215 141 femmes ont été implantées à 79,4  % avec un TOT et 20,6  % avec un TVT  ; à cinq ans, l’incidence cumulée des réinterventions pour ablation ou section de bandelettes était de 3,25  % dans le groupe TOT et de 4,13  % dans le groupe TVT.

Ainsi, un premier arrêté ministériel a été publié en 2020 précisant la pratique des actes associés à la pose de bandelettes sous-urétrales pour le traitement chirurgical de l’IUE10. Il y est mentionné que la pose de ces dispositifs doit être «  réservée à des centres capables d’assurer l’ensemble des étapes de la prise en charge des patientes, le cas échéant par téléexpertise ou en coordination avec d’autres centres, de l’évaluation initiale, jusqu’à l’implantation et au suivi post-implantation  ». Par ailleurs, la tenue d’une réunion de concertation pluridisciplinaire de pelvipérinéologie (comprenant urologues, gynécologues, gastro-entérologues, médecins rééducateurs) est dorénavant indispensable avant l’implantation de bandelettes sous-urétrales. Un second arrêté a été publié en avril 2025 contraignant davantage la pose de bandelettes avec notamment l’obligation pour l’établissement de réaliser au minimum 25 procédures de traitement d’incontinence par an11.

C’est dans ce contexte que les alternatives non synthétiques (réparations rétropubiennes type colposuspension de Burch ou bandelettes autologues), pratiquées avant l’apparition des bandelettes sous-urétrales au début des années 2000, sont actuellement remises au goût du jour. Elles restent relativement marginales aujourd’hui (89 procédures réalisées en 2024)6.

En cas d’insuffisance sphinctérienne prédominante, des techniques telles qu’un sphincter urinaire artificiel ou des ballonnets ajustables péri-urétraux peuvent être proposées (315 poses en 2024)6.

Enfin, en cas d’IUE minime ou modérée, l’injection péri-urétrale d’un agent comblant (Bulkamid) peut être envisagée  ; la pratique de cette injection a été multipliée par neuf en dix ans (2 123 injections en 2024)6.

Quand le médecin généraliste doit-il orienter vers une consultation spécialisée  ?

En cas de diagnostic d’IUE typique, le médecin généraliste peut proposer à la patiente une rééducation auprès d’un kinésithérapeute ou d’une sage-femme formés à la pelvi-périnéologie (voir le site internet de l’Association française de rééducation en pelvi-périnéologie [AFREPP  : www.afrepp.org] ou celui de la Société internationale de rééducation en pelvi-périnéologie [SIREPP  : www.sfphysio.fr]).

En cas d’échec de la rééducation, le médecin peut orienter la patiente vers un spécialiste de l’incontinence urinaire avec un catalogue mictionnel dont un modèle est disponible sur le site de l’Association française d’urologie (https ://www.urofrance.org/fileadmin/medias/scores/catalogue-mictionnel.pdf) et une échographie réno-vésicale et pelvienne. Le praticien juge ensuite de la pertinence de réaliser un bilan complet (fibroscopie et bilan urodynamique) avant un éventuel traitement chirurgical.

Pronostic

Il est variable selon les techniques de prise en charge utilisées. La prévention reste primordiale.

Résultats des différentes techniques

Après rééducation, les taux de guérison rapportés dans la littérature sont de 44,1  %, diminuant légèrement à 39,3  % sept mois après la fin de la rééducation12.

Les bandelettes synthétiques ont un taux de réussite d’environ 90  %. Les techniques non synthétiques ont un taux de réussite de l’ordre de 50  % pour la colposuspension de Burch et de 70  % pour les bandelettes autologues13. 

Le sphincter artificiel est la technique avec le plus fort taux de réussite mais au prix d’une morbidité plus importante (32  %) avec un taux de réintervention (pour ablation ou révision du dispositif) à cinq ans de 26  %14,15.

Enfin, l’injection d’agent comblant (Bulkamid) est une procédure à faible risque mais dont l’efficacité est moindre, comparée aux autres techniques, notamment à long terme16.

Modalités de prévention

Tout d’abord, il est important de conserver une bonne hygiène mictionnelle, acquise dès l’enfance (ne pas forcer en urinant, uriner complètement et ne pas se retenir trop souvent).

Ensuite, il s’agit de prévenir le surpoids et la constipation par une alimentation saine et la pratique d’une activité physique régulière. La pratique d’activités provoquant des sollicitations répétées du périnée ou des à-coups (haltérophilie, course à pied, tennis, trampoline, crossfit, etc.) est à éviter. 

Enfin, la consommation d’alcool, de thé, de café ou de boissons sucrées stimulant l’envie d’uriner, il est conseillé de la réduire afin d’éviter des envies impérieuses éventuellement associées à l’IUE.

Fréquente mais insuffisamment prise en charge

L’IUE  est fréquente et handicapante mais n’est abordée spontanément que par une femme sur deux  ; il s’agit encore d’un sujet tabou et largement sous-estimé. Le bilan initial recherche des urgenturies associées et comprend un examen pelvi-périnéal. Le bilan urodynamique ou un examen d’imagerie ne sont pas systématiques.

La prise en charge consiste en premier lieu en une kinésithérapie de rééducation pelvi-périnéale. En cas d’échec, une prise en charge chirurgicale est à envisager après discussion pluridisciplinaire. La prévention passe par une réduction du surpoids, de la constipation et des sollicitations répétées et traumatiques du périnée.

Références

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2. Hunskaar S, Lose G, Sykes D, et al. The prevalence of urinary incontinence in women in four European countries. BJU Int 2004;93(3):324-30.
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4. O’Donnell M, Viktrup L, Hunskaar S. The role of general practitioners in the initial management of women with urinary incontinence in France, Germany, Spain and the UK. Eur J Gen Pract 2007. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17366290/ 
5. Haab F, Richard F, Amarenco G, et al. Comprehensive evaluation of bladder and urethral dysfunction symptoms: Development and psychometric validation of the urinary symptom profile (USP) questionnaire. Urology 2008;71:646–56. 
6. Richard C, Cornu JN, Thuillier C. Trends in surgical treatment of female stress urinary incontinence in France over the past decade (2015-2024). Fr J Urol 2026;36(4):103044.
7. Hecketsweiler C, Horel S. « Implant files » : un scandale sanitaire mondial sur les implants médicaux. Le Monde, 25 novembre 2018. 
8. Guillot-Tantay C, Van Kerrebroeck P, Chartier-Kastler E, et al. Long-term safety of synthetic midurethral sling implantation for the treatment of stress urinary incontinence in adult women: A systematic review. Eur Urol Open Sci 2023;54:10–9.
9.  Guillot-Tantay C, Guillo S, Diep Tran MHT. Long-term safety of mid-urethral sling for stress urinary incontinence in women: An emulated trial using French national health data system. eClinicalMedicine 2025;15:87:103411.
10. Arrêté du 23 octobre 2020 encadrant la pratique des actes associés à la pose de bandelettes sous-urétrales pour le traitement chirurgical de l’incontinence urinaire d’effort chez la femme, en application des dispositions de l’article L1151-1 du code de la santé publique.
11. Arrêté du 25 avril 2025 encadrant la pratique des actes d’implantation associés à la pose de bandelettes sous-urétrales destinés au traitement chirurgical de l’incontinence urinaire d’effort chez la femme en application des dispositions de l’article L1151-1 du code de la santé publique.
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Résumé

Le diagnostic se fonde sur des questionnaires et un examen clinique détaillé permettant de distinguer les types d’incontinence. Le traitement initial repose sur la rééducation périnéale, suivie éventuellement d’une chirurgie si la rééducation échoue. La prévention inclut le maintien d’un poids normal et l’éviction d’activités sollicitant le périnée.