Médicamenteuses ou non, les interventions dans le TDAH ont fait l’objet de nombreuses études, souvent aux conclusions divergentes. Pour y voir plus clair, une équipe internationale a mené une vaste revue parapluie rassemblant 221 méta-analyses portant sur 32 interventions. Publiés fin novembre dans le BMJ, les résultats sont accessibles via une plateforme web interactive.

Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est le trouble neurodéveloppemental le plus fréquent, avec une prévalence de 5 % dans l’enfance et de 2,5 % à l’âge adulte. Pour traiter un TDAH, les dernières recos de la HAS chez l’enfant et l’adolescent, publiées fin 2024, préconisent en 1re intention les interventions non médicamenteuses (psychoéducation, programme d’entraînement aux habiletés parentales [PEHP], thérapies comportementales, cognitives et émotionnelles [TCCE]), associables en cas d’échec à un médicament (méthylphénidate [MPH], voire atomoxétine en 2e ligne [en accès compassionnel], et clonidine en 3e ligne [hors AMM]).

Au-delà de ces méthodes préconisées en France, il existe tout un panel d’interventions, médicamenteuses ou non, qui font l’objet de méta-analyses aux résultats contradictoires. Il en résulte une littérature scientifique peu intelligible aux yeux des non-spécialistes et du grand public, ainsi qu’une absence de synthèse pour la pratique et l’information. En effet, les méta-analyses évaluent chacune quelques interventions sur des critères restreints, et ne fournissent pas de panorama exhaustif des stratégies possibles et de leurs résultats d’efficacité, d’acceptabilité et de tolérance.

Afin de pallier ce manque et de disposer d’un état de l’art à jour, ainsi que d’un support informatif synthétique et clair sur les interventions médicamenteuses et non médicamenteuses dans le TDAH, une équipe internationale de chercheurs a réalisé une revue parapluie sur le sujet. Il s’agit d’une revue synthétique de revues systématiques, particulièrement utile dans les domaines où ces dernières divergent. En parallèle, ils ont créé un site résumant visuellement ces résultats pour les patients, les aidants et les professionnels (disponible en français). Plusieurs des auteurs de ce travail ont déjà réalisé une synthèse similaire sur les approches non conventionnelles dans l’autisme.

221 méta-analyses concernant 32 interventions

Les travaux inclus ont été sélectionnés parmi 6 bases de données bibliographiques (Pubmed, Embase, Emcare, PsycInfo, Web of Science, Cochrane Library), et devaient avoir été publiés avant le 19 janvier 2025. Il devait s’agir de revues systématiques avec méta-analyse d’essais contrôlés randomisésayant évalué une intervention par rapport à un contrôle inactif (type placebo) sur des participants atteints de TDAH :

  • en premier lieu, concernant la sévérité des symptômes fondamentaux du TDAH combinés (inattention, hyperactivité, impulsivité) d’après la personne les évaluant (parent, soignant, enseignant, autoévaluation, mixte), l’acceptabilité (proportion de participants abandonnant l’intervention), la tolérance (abandon à cause des effets indésirables), et 2 effets indésirables (l’appétit, les troubles du sommeil). Il s’agissait des critères de jugement principaux de cette revue parapluie ;
  • en second lieu (critères secondaires), concernant la productivité scolaire/professionnelle des patients, la sévérité des comorbidités (dysrégulation émotionnelle, symptômes dépressifs, trouble anxieux généralisé, idées et conduites suicidaires, trouble des conduites et/ou oppositionnel avec provocation, comportements perturbateurs, tics et/ou symptômes du syndrome Gilles de la Tourette, trouble de l’apprentissage), les compétences de communication sociale, les fonctions exécutives ou encore la qualité de vie.

Les résultats ont été publiés le 27 novembre 2025 dans le BMJ. Ils ont été ventilés par groupes d’âge des participants ( 6 ans [âge préscolaire], 6 - 17 ans [enfants et adolescents], ≥ 18 ans), et par durée du suivi (à court terme [évaluation 12 semaines après le début de l’essai], moyen terme [26 semaines] ou long terme [52 semaines]).

En tout, 47 revues avec méta-analyses ont été incluses ; elles contenaient un total de 221 méta-analyses différentes, correspondant à des combinaisons différentes âge / intervention / comparatif / critère de jugement. Ces méta-analyses ont permis d’évaluer 32 interventions dans le TDAH ; 12 médicamenteuses, 8 psychosociales et 12 complémentaires (liste dans l’encadré ci-contre), sur la base d’au moins 1 critère parmi 24.

Critères principaux

Si aucune intervention non médicamenteuse ne disposait d’un niveau de preuve intermédiaire ou élevé sur les symptômes du TDAH évalués en critères de jugement principaux, la pleine conscience était associée à des effets importants à moyen terme sur les symptômes de TDAH autodéclarés par les patients adultes. Aussi, l’acupuncture et la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) étaient associées à des effets statistiquement significatifs.

Concernant les médicaments, chez les enfants d’âge préscolaire, seul le MPH était associé à un effet important sur les symptômes du TDAH selon les parents et/ou les enseignants (malgré un très faible niveau de preuve). Chez les enfants et les adolescents, 5 médicaments permettaient une amélioration modérée à forte (et significative) des symptômes fondamentaux du TDAH, avec un niveau de preuve modéré à élevé :

  • le méthylphénidate, montrant un grand bénéfice quel que soit l’évaluateur ;
  • les amphétamines, l’atomoxétine, les α2 -agonistes (clonidine, guanfacine) et la viloxazine, avec des résultats plus hétérogènes.

Chez les adultes, seuls 2 médicaments (MPH et atomoxétine) étaient associés à une amélioration modérée des symptômes fondamentaux du TDAH. D’autres molécules (α2 -agonistes, bupropion) avaient un impact important sur les symptômes, mais avec un niveau de preuve faible à très faible.

En termes de tolérance, chez les enfants et adolescents, les amphétamines étaient moins bien tolérées que le placebo, ce qui n’est pas le cas de l’atomoxétine, du MPH et du modafinil. Pour les adultes, les interventions médicamenteuses efficaces (MPH et atomoxétine) avaient une tolérance moindre que le placebo.

Chez les enfants et adolescents, le MPH a une acceptabilité significativement meilleure que le placebo, tandis qu’il n’y a pas de différence d’acceptabilité entre amphétamines ou atomoxétine et placebo. L’acceptabilité et la tolérance ont rarement été évaluées pour les interventions non médicamenteuses.

Critères secondaires

À moyen/long terme, aucune des interventions étudiées ne disposait d’un niveau de preuve élevé sur les critères secondaires. Là encore, seule la pleine conscience était associée, chez l’adulte, à des effets importants sur les fonctions exécutives (malgré unniveau de preuve très faible).

En revanche, à court terme, quelques interventions se démarquaient par un niveau de preuve intermédiaire à élevé :

  • chez les enfants et les adolescents, les amphétamines (amélioration modérée des performances scolaires), l’atomoxétine (améliorations de la qualité de vie) ;
  • chez les adultes, l’atomoxétine (dysrégulation émotionnelle légèrement meilleure) et le MPH (petite amélioration des fonctions exécutives).

Plusieurs interventions étaient associées à des effets importants sur certains critères secondaires, mais sur la base de peu de preuves :

  • chez les enfants, il s’agissait de l’acupuncture (trouble des conduites/de l’apprentissage), les α2 -agonistes (tics / symptômes du syndrome de Gilles de la Tourette), et les amphétamines (comportements perturbateurs, performance académique ;
  • chez les adultes, ces interventions étaient notamment les amphétamines (fonctions exécutives, qualité de vie) et la pleine conscience (fonction exécutives, symptômes anxieux).

Une plateforme pour visualiser les résultats

Pour les rendre plus exploitables et permettre leur mise à jour au fur et à mesure des avancées scientifiques, les résultats de cette revue parapluie sont aussi présentés visuellement via un nouveau site créé ad hoc, https ://ebiadhd-database.org/fr (en français). Son objectif est de disséminer la synthèse de ces données à un large public (patients, aidants, non spécialistes, etc.).

Ils permettent d’appréhender, en un seul coup d’œil, un condensé de la littérature scientifique concernant l’impact d’une thérapie sur un critère primaire ou secondaire donné, ainsi que le niveau de preuve associé. Chaque thérapie est brièvement décrite, avec des liens vers des ressources et références scientifiques à son sujet.

À l’avenir : études observationnelles et évaluation à long terme

En conclusion de cette revue parapluie, malgré la reconnaissance de plusieurs limites méthodologiques, comme l’absence de données sur l’effet d’interventions combinées (exemple : intervention psychosociale et médicament), les scientifiques considèrent qu’elle peut aider à la décision clinique partagée.

Ils envisagent que leur travail et leur plateforme soient régulièrement mis à jour en intégrant des données « en vie réelle », qui apportent des preuves complémentaires à celles des essais randomisés contrôlés, ainsi que de futurs essais randomisés contrôlés à long terme, qui font encore cruellement défaut dans ce domaine.

Encadre

Les 32 interventions évaluées dans le TDAH

  • Interventions médicales : α2 -agonistes (clonidine, guanfacine), amphétamines, atomoxétine, bupropion, centanafadine, dasotraline, désipramine, méthylphénidate, méthylphénidate + α2 -agonistes, modafinil, rispéridone, viloxazine ;
  • Interventions psychosociales : thérapie cognitivo-comportementale, entraînement cognitif, thérapie comportementale dialectique, pleine conscience, thérapie multimodale, programme d’entraînement aux habiletés parentales, formation aux compétences organisationnelles, entraînement aux compétences sociales ;
  • Autres interventions non médicamenteuses (complémentaires/autres)  : activité physique, acupuncture, homéopathie, neurofeedback, probiotiques, régime alimentaire spécifique, stimulation magnétique transcrânienne (répétée), stimulation transcrânienne à courant continu, supplémentations en acides gras poly-insaturés, carnitine, vitamine D, zinc.

Les interventions en gras figurent parmi les approches recommandables dans les préconisations 2024 de la HAS, qui concernent les enfants et les adolescents.

Références
Gosling CJ, Garcia-Argibay M, De Prisco M, et al. Benefits and harms of ADHD interventions: umbrella review and platform for shared decision making. BMJ 2025;391:e085875.
Ebid-Adhd. Evidence-based interventions.
Pour en savoir plus :
Huguet P, Verley JB. Bien prescrire le methylphenidate.  Rev Prat (en ligne) 25 septembre 2025.
Martin Agudelo L. TDAH : des fiches pour les parents (HAS). Rev Prat (en ligne) 7 mars 2025.
Moscoso A, Septier M, Delorme R. Item 68. Troubles du comportement de l’enfant et de l’adolescent.  Rev Prat 2025;75(2):203-10.
Nobile C. TDAH : nouvelles recos de la HAS.  Rev Prat (en ligne) 26 septembre 2024.
Angély C, Martin Agudelo L. TDAH ou juste turbulent ?  Rev Prat (en ligne) 6 juin 2024.

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