Si les régimes végétariens (sans chair animale) et végétaliens/véganes (sans aucun produit d’origine animale) tendent à être plus respectueuses de l’environnement, leurs effets sur la santé questionnent : si elles semblent souvent plus bénéfiques qu’une alimentation omnivore (plusieurs cancers, DT2, cardiopathie ischémique, IMC, profil lipidique), elles apparaissent plus à risque sur certains points : fractures osseuses, risque de carences potentiellement graves, notamment dans certaines populations... Tour d’horizon des données disponibles et des repères utiles pour accompagner les patients en pratique.
Apport énergétique et nutritionnel
Comme le rappelle le Pr Jean-Louis Guéant (médecin biologiste, Université de Lorraine) dans le Bulletin de l’Académie nationale de médecine, la plupart des études observationnelles ne montrent pas de différence entre omnivores, végétariens et végétaliens en ce qui concerne des apports énergétiques. Plus précisément, on constate une faible augmentation des apports en glucides simples chez les végétariens/végétaliens par rapport aux omnivores – mais ces derniers ont des apports significativement plus élevés en acides gras saturés (athérogènes en excès), et plus faibles en acides gras polyinsaturés (bénéfiques). L’apport en fibres est respectivement 2 fois et 1,5 fois plus important dans l’alimentation végétalienne et végétarienne que dans un régime omnivore.
Protéines animales vs végétales ?
Les apports journaliers des régimes végétariens et végétaliens en protéinesapparaissent suffisants, sur le plan quantitatif, même s’ils restent inférieurs à ceux observés dans les régimes omnivores, avec un écart plus marqué chez les personnes âgées.
Mais y a-t-il une divergence de valeur nutritive entre protéines végétales et animales ? Cette croyance bien ancrée, basée sur leurs différences de composition (les protéines végétales étant moins riches en certains acides aminés indispensables), est battue en brèche par une revue parue dans en mai 2026 dans le Bulletin de l’Académie. Cette dernière s’est penchée sur les conséquences pour la santé de l’origine (animale vs végétale) des protéines ingérées. Résultat ? La complémentation entre différentes sources protéiques végétales permet d’atteindre des résultats équivalents aux protéines animales en matière de synthèse protéique, masse maigre, force musculaire, et prévention de la sarcopénie.
Pour autant, le risque cardiométabolique varie considérablement selon la source protéique : élevé pour la viande rouge et la charcuterie, intermédiaire à favorable pour les produits laitiers et de la mer, et plus faible pour les fruits à coque, légumineuses et céréales complètes. Toutefois, l’auteur de cette revue ne suggère pas de ratio idéal protéines végétales/protéines animales, soulignant quedes régimes sains peuvent être construits à partir d’une large gamme de rapports entre ces deux sources.
Apports en micronutriments
Une revue systématique de l’Anses (2024) a mis en évidence un statut en fer, iode, et en vitamines D, B2, B6, B12, zinc plus faible chez les végétariens. Cependant, les régimes végétariens permettent d’atteindre les références nutritionnelles, à l’exception de deux nutriments, la vitamine B12 chez les lacto-ovo-végétariens et chez les végétaliens, et la vitamine D.
Il n’y a pas de différence significative des apports alimentaires en calcium entre les omnivores et les végétaliens, mais la réduction de l’excrétion urinaire de calcium ainsi que l’élévation de la concentration d’hormone parathyroïdienne suggèrent un statut insuffisant chez ces derniers. Parallèlement, la majorité des études montrent une diminution de la masse calcique osseuse qui pourrait augmenter le risque de fracture chez les végétariens, et encore plus chez les végétaliens. Ces effets potentiels doivent toutefois être interprétés avec prudence, compte tenu du caractère multifactoriel de l’évolution de la masse osseuse.
Effets bénéfiques des régimes végétaux
Selon le rapport de l’Anses, l’alimentation végétalienne est associée à une prise de poids plus faible que les autres. Un régime végétarien ou végétalien, comparé à un régime incluant la consommation de viande, est associé à un risque plus faible de DT2 (niveau de preuve modéré à faible). Enfin, comparé à un régime omnivore, un régime végétalien est associé à un risque plus faible de résistance à l’insuline et de glycémie à jeun élevée (faible niveau de preuves).
Une grande revue « parapluie » de 2020 indique un effet bénéfique des régimes végétariens (notamment lacto-ovovégétarien) sur le risque de maladie chronique dont les maladies cardiovasculaires, les maladies cérébrovasculaires, le diabète, le cancer, la mortalité liée au cancer et la moralité toutes causes confondues. Elle trouve également un effet protecteur sur le risque d’obésité pathologique et de syndrome métabolique. Enfin, ces régimes ont un impact potentiellement favorable sur le profil inflammatoire lié à l’obésité.
Risques des régimes végétaux
Les régimes végétariens/végétaliens sans supplémentation exposent toutefois à un risque d’insuffisance en vitamine B12, fer, calcium, iode et zinc, dont l’impact sur la santé est, selon le Pr Guéant, « à considérer en fonction des groupes à risque ».
En particulier, il rappelle qu’un déficit en vitamine B12 peut avoir des conséquences sévères. De fait, un régime végétarien strict expose les femmes enceintes à un risque élevé de carence en vitamine B12, avec de potentiels effets sur le fœtus à long terme (dont surrisque ultérieur d’obésité). De plus, augmentation du taux d’homocystéine qui résulte de la carence en vitamine B12 peut provoquer une augmentation du risque CV, notamment d’AVC et de manifestations thromboemboliques.
Les populations les plus à risque sont donc les femmes enceintes, les nourrissons et les personnes âgées.
« Le véganisme est une situation à risque qui doit nécessiter la prise de compléments alimentaires. Il est donc raisonnable de recommander une alimentation omnivore sans excès en aliments d’origine animale et une surveillance nutritionnelle chez les sujets sous régime végétalien strict, notamment dans certaines périodes critiques de la vie », conclut le Pr Guéant.
Repères pour accompagner les patients
En pratique, en tant que MG, comment conseiller et accompagner les patients ayant une alimentation végétarienne/vegane ?
Les repères alimentaires généraux établis par l’Anses en 2025 pour les végétaliens et les lacto-ovovégétariens sont résumés dans le tableau 1. Au-delà des repères quantitatifs, il convient d’éviter l’alimentation ultratransformée , de consommer des protéines végétales variées (céréales, légumineuses et oléagineux), et de privilégier des aliments riches en oméga- 3 de type ALA (acide alphalinolénique) [noix, graines de colza, de lin et leurs huiles], en calcium (choux, soja, haricots blancs, amandes, eaux ou produits enrichis) et en fer (légumineuses, légumes verts, oléagineux).
Des conseils de complémentationen vitamine B12, iode et oméga- 3 de type DHA (acide docosahexaénoïque) selon l’âge et le régime alimentaire sont résumés dans le tableau 2.
Certaines populations requièrent une attention particulière :
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Patientes enceintes ou allaitantes : la complémentation en vitamine B12 (± en iode pour les végétaliennes) et en DHA est obligatoire.
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Jeunes enfants : l’allaitement maternel exclusif est recommandé jusqu’à la diversification. Les laits animaux ainsi que les boissons végétales non infantiles ne sont pas adaptés à l’alimentation des nourrissons. Il est toutefois possible d’utiliser des préparations pour nourrissons à base de protéines végétales spécifiquement élaborées pour répondre à leurs besoins nutritionnels. La complémentation en vitamine B12 (± en iode) de l’enfant doit débuter au moment de la diversification.
Par ailleurs, il ne faut pas hésiter à orienter les patients vers des diététiciens formés à l’alimentation végétale. Une liste est consultable sur le site de l’Observatoire national des alimentations végétales : https ://onav.fr.
Enfin, les médicaments sont testés sur les animaux et ne sont donc pas véganes. Néanmoins, il existe parfois des alternatives, et il est intéressant d’en discuter avec le patient. Cela permet d’éviter une rupture du lien de confiance ou une mauvaise observance. Le site vegeclic.com fournit des arbres décisionnels et des recommandations pour les professionnels de santé ainsi que des informations pour les patients.
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