Condylomes

François, 26 ans, et Pauline, 35 ans, consultent séparément pour des lésions verruqueuses asymptomatiques de la région génitale, évoluant depuis plusieurs semaines (fig. 1 et 2). Ils n’ont pas d’antécédents notables.

Les condylomes résultent d’une infection génitale bénigne aux papillomavirus humains (HPV) non oncogènes. Il s’agit de l’infection sexuellement transmissible (IST) la plus fréquente dans le monde. Le contage peut être direct ou indirect. La phase d’incubation est en moyenne de trois mois.

Cliniquement, il s’agit de lésions verruqueuses pouvant être acuminées (en crêtes de coq) [fig. 1], papuleuses (fig. 2), planes ou géantes (tumeurs de Buschke-Löwenstein).

Le diagnostic ne nécessite aucun examen complémentaire. Néanmoins, si le tableau clinique est atypique (lésions étendues ou douloureuses), une biopsie est indiquée pour ne pas méconnaître une néoplasie intra-épithéliale ou un carcinome – l’association entre HPV oncogène et non oncogène étant possible. Dans ce sens, en cas de lésions de la marge anale, l’anuscopie est systématique. En cas d’atteinte vulvaire, il est recommandé de réaliser un examen gynécologique avec test HPV à haut risque (HPV-HR). Il est également conseillé au ­patient de faire réaliser un bilan IST complet.

La prise en charge des condylomes consiste en des traitements mécaniques (cryothérapie, laser CO2, électrocoagulation) ou chimiques (imiquimod, podophyllotoxine 0,5 %, 5FU…). L’usage du préservatif est recommandé pendant toute la durée du traitement des lésions et jusqu’à trois mois suivant la rémission clinique. En cas de condylomatose étendue, l’abstinence sexuelle est préconisée, car il existe un risque de contamination, notamment en cas de lésions du pubis.

Le traitement préventif repose sur la vaccination ­(Gar­dasil 9), qui est recommandée pour les filles et les garçons âgés de 11 à 14 ans selon un schéma à deux doses à cinq mois ­d’intervalle (M0 -M5). Pour les plus de 14 ans, un rattrapage de la vaccination est recommandé jusqu’à 19 ans inclus (doses à M0, M2 et M6). Pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, cette vaccination est remboursée jusqu’à l’âge de 26 ans. 

Pour en savoir plus  
Bouscarat F, Pelletier F, Fouere S, et al. Recommandations diagnostiques et théra­peutiques pour les maladies sexuellement transmissibles : verrues génitales (condylomes) externes. Section MST/SIDA de la SFD. Février 2016.
Roland D, de Parades V. Vaccination contre les papillomavirus humains. Rev Prat Meg Gen 2024;38(1087);217-8.
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Surinfection d’une lésion secondaire à un skin popping 

Gabrielle, 42 ans, toxicomane, consulte pour renouveler son traitement antidiabétique. En arrivant dans la salle d’examen, la patiente claudique. L’examen clinique révèle des lésions en cratères sur la jambe gauche, ainsi qu’une zone d’aspect surinfecté au niveau du genou, dissimulée sous un pansement (figure). Une antibiothérapie (amoxicilline-acide clavulanique) est prescrite. 

Le skin popping (skin : peau ; popping : éclater) est une pathologie secondaire à des injections intradermiques ou sous-­cutanées de drogues variées (héroïne, cocaïne, ou opiacés divers), se manifestant par une destruction du revêtement cutané. Ce mode d’administration de substances psychoactives est choisi pour différentes raisons : état veineux altéré du fait des injections répétées, recherche d’un plaisir prolongé et plus rapide (entre 8 à 10 minutes après l’injection), méconnaissance ou manque de dextérité pour injecter en intraveineux.

Cliniquement, des lésions cicatricielles sont mises en évidence. Elles prennent l’aspect de cratères plus ou moins pigmentés. Ces formations sont surtout mises en évidence sur les membres supérieurs (bras, avant-bras), l’abdomen mais aussi les membres inférieurs (jambes et cuisses) et le cou.

De nombreuses complications peuvent survenir dans le cas d’une administration aiguë (infection, abcès, folliculite, fasciite nécrosante, dermohypodermite) ou chronique (troubles pigmentaires régionaux, granulome, insuffisance rénale, amylose, nécrose digitale, cicatrices).

La prise en charge est avant tout curative, notamment en cas de surinfection (germes anaérobies ou staphylococciques). Une surinfection est cinq fois plus fréquente en cas d’injections sous-cutanées et/ou intradermiques qu’en cas d’injections par voie intraveineuse.

Parallèlement, il est important de discuter de l’opportunité d’initier un sevrage. 

Pour en savoir plus
Samynathan A, Saardi K, Akiska YM, et al. « Skin Popping » and « Shooter’s Patch » as Manifestations of Intradermal Drug Abuse. Cureus 2023;15(9):e45251.
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Lésions aphtoïdes ulcérées sur maladie de Crohn

Marc, 36 ans, consulte pour des lésions à type d’aphtes géants évoluant depuis plusieurs années au niveau de la langue (figure) et des joues, peu invalidantes. Ces formations surviennent de manière cyclique, mais avec une récurrence de plus en plus rapprochée. En parallèle, il se plaint de douleurs abdominales, parfois associées à une diarrhée, ayant débuté il y a plus de huit ans. Les biopsies au niveau d’une lésion ulcérée linguale, ainsi qu’au niveau de l’iléon, ont permis de poser le diagnostic.

La maladie de Crohn survient le plus souvent avant l’âge de 30 ans. Le sex ratio est égal à 1. 

Les manifestations orales s’observent dans près de 10 % des cas :

  • ulcérations linéaires au niveau du vestibule ou du plancher buccal et de la face interne des joues. Des ulcérations nécrotiques apparentées à des aphtes géants peu douloureux peuvent également être observées. Dans ce cas, une cavité centrale avec un fond nécrotique de couleur blanc-jaune est mise en évidence. Au niveau des lèvres et des joues, il est possible d’objectiver des formations ulcérées pavimenteuses ;
  • macrochéilites des lèvres inférieures avec parfois une perlèche ; ces chéilites granulomateuses s’associent à un œdème pouvant s’étendre au niveau du menton, des joues et des paupières ; 
  • hypertrophie gingivale inflammatoire au niveau de la partie antérieure de la gencive ; 
  • lésions à type de pyostomatite végétante (miliaire pustuleuse de la muqueuse gingivale et labiale) ou de pustulose à immunoglobuline A intraépithéliale ;
  • pseudopolypes plus ou moins papuleux ayant une consistance molle au niveau de la face interne des joues, des lèvres et du vestibule. 
 

Le diagnostic se fait sur la biopsie d’une lésion, retrouvant des granulomes épithélioïdes et gigantocellulaires caséeux dans 80 % des cas. 

Le traitement repose sur les dérivés d’acide 5 -aminosalicylique, voire sur les corticoïdes, les immunosuppresseurs, les biothérapies. Dans certains cas, l’exérèse chirurgicale de lésions intestinales évoluées est nécessaire. À titre préventif, l’arrêt définitif d’un éventuel tabagisme est indiqué. 

Pour en savoir plus
Wils P, Pariente B. Maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique ? Rev Prat 2018;68:e119.
Cherbi S, Wierzba CB. Manifestations buccales des maladies systémiques : la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique. Actualités Odonto-Stomatologiques 2009;246:113-27.
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