Signe de Frank

Un homme de 45 ans est vu en consultation pour un bilan de routine. Il ne prend aucun traitement et ne rapporte aucun symptôme. Il a pour seul antécédent un tabagisme sevré depuis cinq ans. À l’examen clinique, un sillon diagonal est observé au niveau de chaque lobe d’oreille, mais plus marqué à droite (figure). L’aspect évoque un signe de Frank, qui n’existait pas auparavant. Un avis cardiologique est sollicité ; le bilan initial (électrocardiogramme et échographie cardiaque) est normal. Une scintigraphie myocardique réalisée secondairement met en évidence des lésions tritronculaires ayant nécessité un pontage.

Le signe de Frank correspond à un pli cutané oblique du lobule, orienté approximativement à 45°, allant du tragus vers le bord postéro-inférieur. Il peut être unilatéral ou bilatéral, partiel ou complet, superficiel ou profond. Sa fréquence augmente avec l’âge, il est rarement présent chez le sujet jeune. Il est plus souvent mis en évidence chez l’homme que chez la femme.

Des études rapportent une association de ce signe avec la maladie coronarienne, mais la performance diagnostique est modeste et hétérogène. Une revue systématique de précision diagnostique rapporte ainsi des sensibilités de 26 à 90 % et des spécificités de 32 à 96 %, avec des rapports de vraisemblance le plus souvent peu contributifs, ce qui ne permet pas d’en faire un test de dépistage isolé. Dans une étude cas-témoins incluant des hommes de moins de 60 ans hospitalisés pour premier infarctus du myocarde non fatal, le pli du lobule était associé à un surrisque (OR 1,37 après ajustement sur l’âge et les facteurs de risque).

Chez un sujet relativement jeune, l’apparition d’un un pli net et bilatéral peut donc constituer un signe d’alerte clinique justifiant de reconsidérer le risque cardiovasculaire et de discuter, au cas par cas, des examens complémentaires.

Pour en savoir plus
Lucenteforte E, Romoli M, Zagli G, et al. Ear lobe crease as a marker of coronary artery disease: a meta-analysis. Int J Cardiol 2014;175(1):171-5.
Więckowski K, Gallina T, Surdacki A, et al. Diagonal earlobe crease (Frank’s sign) for diagnosis of coronary artery disease: A systematic review of diagnostic test accuracy studies. J Clin Med 2021;10(13):2799.
Mirić D, Fabijanić D, Giunio L, et al. Dermatological indicators of coronary risk: A case-control study. Int J Cardiol 1998;67(3):251-5.
Christoffersen M, Frikke-Schmidt R, Schnohr P, et al. Visible age-related signs and risk of ischemic heart disease in the general population: A prospective cohort study. Circulation 2014;129(9):990-8.
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Forme rare de neurofibromatose de type 5

Une patiente de 14 ans, sans antécédents familiaux de neurofibromatose, consulte pour des lésions cutanées évoluant depuis deux ans. Maculeuses, brunâtres, de taille variable, à l’aspect de taches café au lait, elles sont latéralisées en thoraco-abdominal droit, suivant une distribution segmentaire métamérique  (figure). L’examen révèle également deux nodules fermes, indolores, de couleur chair, mesurant environ 2 cm de diamètre, localisés au niveau abdominal. Il n’existe pas d’autres signes cutanés ou neurologiques, et aucun signe de dysmorphie n’est observé.  L’examen ophtalmologique ne révèle pas de nodules de Lisch.
Une biopsie de l’un des nodules est réalisée, mettant en évidence un neurofibrome circonscrit, non encapsulé et sans signe de malignité.
L’IRM cérébrale et le scanner cervico-thoraco-abdomino-pelvien sont sans anomalie.

Les neurofibromatoses constituent un groupe hétérogène de maladies affectant principalement le système nerveux et la peau. Il s’agit d’une génodermatose relativement fréquente, caractérisée par la présence de neurofibromes, de taches café au lait ainsi que de certains symptômes neurologiques et ophtalmologiques.

La neurofibromatose de type V, également appelée neurofibromatose segmentaire ou localisée en mosaïque, est une variante rare, caractérisée par des lésions cutanées limitées à un segment circonscrit du corps.1 Le premier cas a été décrit en 1932 par Gammel. Les caractéristiques cliniques classiques de la neurofibromatose segmentaire sont les taches café au lait, les taches de rousseur et/ou les neurofibromes dans une distribution métamérique ou suivant les lignes de Blaschko.2 

La maladie peut s’accompagner d’une atteinte systémique et de tumeurs malignes, notamment de tumeurs des gaines des nerfs périphériques et de mélanomes malins, pour les plus fréquentes. D’autres cancers, comme ceux du sein, du côlon, de l’estomac, du poumon et le lymphome de Hodgkin, peuvent aussi être associés. Bien qu’aucune prise en charge spécifique ne soit établie, un diagnostic précis est essentiel pour dépister d’éventuelles complications systémiques.3

Références
1. Dang JD, Cohen PR. Segmental neurofibromatosis and malignancy. Skinmed 2010;8(3):156-9.
2. Victor FC. Segmental neurofibromatosis. Dermatology Online Journal 2005;11(4):20. 
3. Chu CH, Chou TC, Liu CI, et al. Multiple segmental neurofibromatosis: Report of two cases with different presentations. Hong Kong J Dermatol Venereol 2016;24:34-9
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