Dyschromie faciale secondaire à l’application d’hydroquinone

Latifa, 53 ans, consulte pour des zones hypo- et hyperpigmentées localisées sur le pourtour des yeux, qu’elle trouve inesthétiques. La patiente révèle utiliser une crème dépigmentante depuis de nombreux mois. 

Le souhait d’une dépigmentation cutanée s’est propagé chez les personnes à la peau noire dès les années 1960 aux États-Unis. À cette époque, l’hydroquinone était utilisée dans l’industrie pour blanchir les textiles. Percevant l’intérêt de ce produit pour le blanchiment de la peau (en réduisant la quantité de mélanine dans les cellules de l’épiderme), les firmes pharmaceutiques ont développé des topiques contenant 2 % d’hydroquinone. En 1975, les Drs Kligman et Willis ont commercialisé un traitement combiné (hydroquinone-trétinoïne-dexaméthasone) permettant un blanchiment cutané après seulement six à huit semaines d’application.

Des effets indésirables sont classiquement décrits lors de l’application d’un traitement à base d’hydroquinone. Une photosensibilisation peut survenir si le topique est appliqué le matin, suivi d’une exposition au soleil. L’application d’hydroquinone peut entraîner des dépigmentations inesthétiques : l’hypochromie peut être partielle, pouvant prendre un aspect polychrome, « comme des confettis » sur le visage. En outre, l’application continue peut conduire au développement d’une ochronose (pigmentation bleu noir de la peau). L’administration du traitement combiné du Dr Kligman évite l’hypopigmentation localisée, mais il peut engendrer une atrophie cutanée et des télangiectasies causées par la dexaméthasone ; une application régulière de ce traitement combiné est donc déconseillée.

L’automédication pour blanchiment de la peau peut ainsi être délétère par elle-même pour le patient, mais il est également important de comprendre les raisons de ce comportement : un état dépressif est en particulier à rechercher. 

Pour en savoir plus
Gauthier Y. Troubles pigmentaires cutanés. De la clinique au traitement. Éd. Med’Com 2005.
Mahé A. Dermatologie sur peau noire. Éd. Doin 2000. 
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Tatouage inflammatoire 

Titouan, 23 ans, consulte pour des desquamations et de nombreuses croûtes apparues au niveau de son nouveau tatouage situé sur le mollet (figure). 

Un tatouage correspond à l’introduction d’un produit exogène (l’encre) dans la peau. Le corps y réagit en trois étapes : une phase inflammatoire jusqu’au troisième jour, durant laquelle la peau peut être rouge, chaude ou légèrement œdématiée ; ensuite, une phase de régénération cellulaire jusqu’à la deuxième semaine, pouvant engendrer un prurit ; et une phase de réparation tissulaire, enfin, allant de la deuxième à la quatrième semaine, au cours de laquelle desquamations et croûtes apparaissent. Ces réactions sont physiologiques.

L’entretien du tatouage est primordial pour une bonne cicatrisation. Ainsi, une antisepsie régulière, l’application d’une crème hydratante et une protection solaire sont essentielles. Il faut également conseiller aux patients de ne pas se gratter, de ne pas toucher les éventuelles lésions et de ne pas s’exposer au soleil ou se baigner lors du premier mois. Le lavage des mains doit être systématique avant de toucher le tatouage. Par ailleurs, ce dernier doit être nettoyé à l’aide d’un savon au pH neutre et doit être laissé à l’air libre.

Des complications sont possibles, au premier rang desquelles l’allergie à l’encre (rouge, rose ou violette), avec une dermatite, difficilement traitable par trois mois de dermocorticoïdes. Cette allergie peut engendrer une surinfection bactérienne. Une contre-indication définitive à la couleur incriminée est alors établie. Par ailleurs, des pathologies dermatologiques préexistantes telles que le psoriasis, le lichen plan ou le vitiligo peuvent récidiver après un tatouage. Enfin, des réactions granulomateuses sont possibles, avec des papules ou des nodules récidivants. 

Pour en savoir plus 
Kluger N. Tatouages : quelles complications ? Actu Rev Prat sept. 2023.
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Condylome acuminé

Alice, 68 ans, est sans domicile fixe depuis plusieurs années. Au décours d’un séjour en centre d’accueil, elle est examinée pour une lésion prurigineuse et papuleuse aux nombreuses digitations, située au niveau du pli inguinal (figure).
L’interrogatoire révèle la survenue de lésions similaires l’année passée, au niveau du rectum, pour lesquelles une résection chirurgicale avait été effectuée. 

Les condylomes acuminés (ou verrues vénériennes) sont dus au papillomavirus humain ; plus de 150 types en sont responsables. Il s’agit des infections sexuellement transmissibles les plus fréquentes des pays développés ; leur survenue est souvent associée à un grand nombre de partenaires sexuels, et leur prévalence est maximale entre 15 et 35 ans. On rencontre ces condylomes :

  • chez l’homme, au niveau du pénis, du gland, du prépuce, du sillon balanopréputial et du méat urétral ;

  • chez la femme, au niveau des lèvres, du clitoris, de la zone urétrale, du vagin, du col cervical ;

  • chez l’homme et la femme, au niveau du périnée, de la région périanale, du canal anal, de la vessie et, dans certains cas, de l’oropharynx.


Cliniquement, la lésion prend le plus souvent l’aspect de papules exophytiques (ou crêtes de coq), donnant l’impression d’une verrue constituée de lobules de couleur rouge ou chair et pouvant devenir hypo- ou hyperpigmentées. Ces condylomes peuvent être dispersés ou coalescents (avec un aspect de bourgeon). 

Le diagnostic est clinique mais, en cas de doute, un examen histologique est réalisé. Un examen complet gynécologique (avec frottis) et rectal (anuscopie) est nécessaire.

Il existe plusieurs types de traitement : immunomodulateurs, chimiques, physiques destructeurs ou ablatifs. Le choix est fonction de la localisation, du type lésionnel, de l’expérience du praticien et de l’accessibilité des technologies, mais aussi des souhaits du patient. Pour des lésions peu importantes, un immunomodulateur local en crème (imiquimod) à raison de trois applications par semaine durant quatre à seize semaines peut suffire. La podophyllotoxine en topique peut être une alternative : une application deux fois par jour durant trois jours consécutifs et un arrêt durant quatre jours, pendant quatre semaines. Une surveillance est fortement recommandée car les récidives sont fréquentes.

La prévention est essentielle : port de préservatif en cas de partenaires occasionnels et recommandation de vaccination pour tous les adolescents. 

Pour en savoir plus
Mokni M, Dupin N, Del Giudice P. Derma­tologie infectieuse. Éd. Elsevier Masson 2014.
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Lichen scléreux

Éric, 30 ans, et Fabienne, 45 ans, sans antécédents particuliers, consultent séparément pour des lésions génitales évoluant par poussées depuis plusieurs mois (fig. 1 et 2). Fabienne rapporte un prurit important, une sensation de brûlure et des dyspareunies. Pour Éric, un phimosis d’installation progressive est constaté.
Le bilan infectieux était négatif pour chacun d’entre eux.

Le lichen scléreux est une affection cutanée qui se caractérise, au niveau des muqueuses génitales, par des poussées inflammatoires avec érythème, sclérose, atrophie et fusions.

Cliniquement, il s’agit de macules ou plaques coalescentes d’aspect blanc nacré, lisses ou finement plissées, généralement symétriques. Chez la femme, le prurit est le symptôme pré­dominant ; l’évolution progressive conduit à un encapuchonnement clitoridien, une fusion des grandes et petites lèvres et des synéchies pouvant aboutir à une oblitération de l’orifice vaginal. Chez l’homme, l’évolution est marquée, notamment en cas d’atteinte périméatique, par un rétrécissement du méat ou un phimosis serré avec atteinte balanopréputiale.

Le diagnostic est clinique. Une biopsie cutanée peut cepen­dant être réalisée en cas de doute ou de suspicion d’évolution vers un carcinome. Il est important de rechercher cliniquement l’atteinte des autres muqueuses.

La prise en charge repose essentiellement sur l’application quotidienne de dermocorticoïdes d’activité très forte, suivant un schéma dégressif lent et prolongé. L’utilisation d’émollients en complément est conseillée.

Concernant l’évolution, peuvent subsister des séquelles cicatricielles ; le risque de transformation carcinomateuse est évalué à environ 4 %, ce qui justifie un suivi clinique au minimum annuel. 

Pour en savoir plus
De Luca DA, Papara C, Vorobyev A, et al. Lichen sclerosus: The 2023 update. Front Med (Lausanne) 2023;10:1106318.
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