Si l’usage du cannabis accroît le risque de troubles psychiatriques, il augmente également celui de nombreuses complications somatiques, risque encore plus élevé avec le cannabis synthétique.
En France, la consommation de cannabis est la plus élevée en Europe, avec un épisode d’usage qui, selon les données récentes de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, est de 21,8 % au sein de la population française comparée à 14,4 % pour le reste des pays européens. Cependant, depuis quelques mois, l’actualité sur le statut de cette substance est riche. Pour plus de clarté, le terme « cannabis » sera utilisé tout au long de cet article car il englobe, sans faire de différence, le cannabis issu de la plante (communément appelé phytocannabis) et le cannabis synthétique.
Le cannabis végétal se présente sous forme d’herbe et correspond dans le langage courant à la marijuana (ou marihuana), sous forme de résine (shit, haschisch, hash) ou sous forme d’huile. Par opposition, le cannabis synthétique est fabriqué artificiellement dans un laboratoire de chimie. Selon les produits, on le trouve sous les noms de Spice, K2, Buddha Blue.

THC : substance active du cannabis

Le cannabis contient plusieurs cannabinoïdes, qui sont des substances capables de se fixer sur les récepteurs du cannabis dans le corps humain. Le cannabinoïde principal est le tétrahydrocannabinol (THC) qui est la substance active du cannabis responsable des complications somatiques et psychiatriques.
Le cannabidiol (CBD) est un autre cannabinoïde décrit comme un « verrou » du THC. Certains auteurs pensent que le cannabidiol modère les effets psychotropes dus au THC dans le cannabis. Le cannabidiol aurait des propriétés anxiolytiques et des propriétés antipsychotiques. En l’absence d’effet psychotrope, cette molécule consommée isolément ne présenterait pas de risque de dépendance.
L’équilibre de la concentration respective de ces deux substances dans le cannabis définit la puissance du cannabis. Plus le rapport THC/CBD est élevé, plus le cannabis est puissant (ou potent dans le langage commun), et plus il est responsable d’effets psychotropes.
Les concentrations de THC et de cannabidiol dans les produits de consommation sont difficiles à connaître lors de l’achat de ces substances par l’usager. Les données de l’Office français des drogues et des toxico­manies (OFDT) montrent que l’herbe (marijuana) a une concentration de THC d’environ 4 à 10 %. Dans la résine (hachich), la concentration de THC avoisine les 23 %. Depuis 2016, l’étude des produits saisis par les douanes montre une diminution des fortes concentrations de THC dans le cannabis végétal, mais il faut garder en mémoire que le taux de THC dans la résine de cannabis a quand même doublé en 10 ans, rendant compte de la circulation de produits plus puissants et donc potentiellement plus à risque de complications somatiques et psychiatriques.
Les cannabis de synthèse sont vendus comme des analogues du cannabis naturel. Leur présentation sous forme d’herbe est trompeuse car il s’agit en fait d’une herbe commune, sans rapport avec le cannabis végétal. Sur cette herbe commune est vaporisé uniquement du THC de synthèse en concentration importante. D’ailleurs, sur les emballages des produits finis, il est souvent mentionné « impropre à la consommation humaine » ou « encens ». Récemment, le réseau national d’addictovigilance a émis une alerte concernant la circulation de cannabinoïdes de synthèse sous forme d’e-liquides compatibles avec des cigarettes électroniques. Dans la presse, ce produit nommé PTC pour « Pète ton crâne » a été la cause de complications sévères. Il semble être commercialisé sous le nom de Buddha Blue et a été repéré dans des lycées, auprès de consommateurs plutôt jeunes.
Bien que des applications médicales du cannabis soient récemment encouragées, la consommation récréative du cannabis prédomine. La prévalence annuelle de la consommation du cannabis est en forte augmen­tation depuis 1990. En Europe, la prévalence a augmenté de 3 à 7 % et de 9 à 14 % aux États-Unis. Dans le monde, environ 192 millions de personnes ont expérimenté le cannabis au moins une fois dans l’année. Au cours de la dernière décennie, le taux d’usage du cannabis a augmenté de 16 %, et cette augmentation devrait se poursuivre au regard des réflexions sur une possible légalisation de sa consommation.
Les effets toxiques aigus dépendent de la concentration de THC dans la substance et de son mode de consommation. Le plus souvent, pour avoir les effets les plus rapides, le cannabis est fumé dans un « joint » de la taille d’une cigarette, du tabac est ajouté au cannabis pour en augmenter la combustion.
Il peut être consommé dans une pipe à eau ou dans un vaporisateur. Certains usagers mâchent le cannabis, ce qui permettrait de retarder les effets psychoactifs, mais ce mode de consommation reste marginal.
La consommation de cannabis (sous forme végétale ou synthétique) a des conséquences somatiques qu’il est habituel de séparer selon le mode en consommation, en aiguë ou chronique. Aujourd’hui, au regard des teneurs en THC très variables des produits circulants et de la diversité de ces derniers avec un risque accru de produits frelatés, cette dichotomie est moins pertinente car une consommation unique peut exposer l’usager à des complications sévères et imprévisibles.

Ivresse cannabique

L’ivresse cannabique est un tableau clinique qui regroupe des symptômes somatiques et des symptômes psychiatriques. Sur le plan somatique, on observe une hyperhémie conjonctivale, une sécheresse buccale, une augmentation de l’appétit, une bronchodilatation. Ces signes cliniques sont accompagnés d’une sensation de bien-être, de dysphorie et de logorrhée. Puis, environ 3 heures après la consommation, apparaît une somnolence. L’ivresse cannabique est rarement une cause de consultation médicale ou dans un service d’urgence, hormis les cas où d’autres substances sont associées à la consommation de cannabis. Dans ce cas, des tableaux cliniques plus sévères peuvent être observés. Ce tableau clinique peut également être exacerbé en cas de consommation de cannabis de synthèse car il ne faut pas oublier que presque 80 % des usagers de cannabis de synthèse sont déjà des utilisateurs de cannabis naturel. Depuis l’émergence du cannabis de synthèse, des complications sévères allant jusqu’au décès ont été décrites, indiquant une modification de la prise en charge des patients usagers de cannabis, que ce soient des expérimentateurs, des consommateurs occasionnels ou des consommateurs chroniques.1

Dépendance, addiction et sevrage

On parle d’addiction dès qu’un comportement ou une consommation de substance échappe au contrôle de l’individu en dépit de la connaissance d’effets dommageables pour sa santé physique ou psychique. La notion de dépendance est relative à la survenue de symptômes de sevrage à l’arrêt de la consommation chronique d’un produit. Elle n’est pas nécessaire au diagnostic d’addiction. La cinquième version du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM5) propose le terme de « trouble lié à l’usage de substances » dont la sévérité est évaluée selon 11 critères diagnostiques. Il est primordial de rappeler que tous les individus ne sont pas égaux devant le risque de développer une addiction à une substance.

Cannabis dit « naturel »

Le risque de développer une dépendance au cannabis est estimé entre 9 et 12 % selon les études. Par comparaison, ce risque est d’environ 35 % pour la nicotine, 23 % pour l’héroïne, 17 % pour la cocaïne et 15 % pour l’alcool.
Certains facteurs de risque de développer une dépendance au cannabis ont été identifiés, tels qu’un faible niveau scolaire, des troubles psychiatriques comorbides, des relations parentales altérées pendant l’adolescence et des antécédents familiaux de consommation de substances.2
Les symptômes d’un sevrage en cannabis associent une irritabilité, de l’agitation, une exacerbation de symptômes anxieux ou de colère, de la nervosité, un infléchissement...

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