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Une patiente de 69 ans consulte aux urgences pour ralentissement idéomoteur, dysarthrie et tremblements des extrémités, apparus depuis plusieurs jours.
Dans ses antécédents, on note une consommation excessive chronique d’alcool et un trouble bipolaire traité par carbonate de lithium.
Un accident vasculaire cérébral est immédiatement évoqué. Mais l’imagerie par résonance magnétique et l’électro-encéphalogramme sont normaux.
Les addictologues réfutent également l’hypothèse d’un sevrage éthylique, devant la symptomatologie atypique.
L’intoxication au lithium est finalement confirmée, avec une lithémie positive à 2,09 mmol/L. Le reste du bilan est normal.
La prise en charge a consisté en un arrêt du traitement, remplacé par la carbamazépine sur avis du psychiatre. Ce changement a été bien toléré, et la patiente s’est rapidement améliorée (régression des tremblements et de la dysarthrie).
La zone thérapeutique du carbonate de lithium est comprise entre 0,8 et 1,2 mmol/L. Au-delà de 2 mmol/L, il s’agit d’une intoxication, dont les premiers signes sont neurologiques : tremblements des extrémités, apathie, somnolence, dys­arthrie, ataxie, nystagmus, mouvements choréiformes, hyper-réflexie, myoclonies, état confusionnel, convulsions, voire coma. Secondairement survient une atteinte rénale avec polyurie, insuffisance rénale aiguë, nécrose tubulaire aiguë. Des nausées, vomissements, douleurs abdominales peuvent être associés.
Les signes classiques à l’électrocardiogramme sont une inversion de l’onde T, un sous-décalage du segment ST et un allongement de l’intervalle QT (figure).

Quel traitement ?

Le traitement initial consiste en l’arrêt du lithium. Un lavage gastrique est réalisé si l’ingestion date de moins de deux heures. En fonction des symptômes, on peut y associer une réhydratation par sérum glucosé à 5 % ou par sérum salé isotonique, à adapter selon l’osmolarité et la natrémie, voire une épuration extrarénale en cas d’intoxication sévère avec signes neurologiques et insuffisance rénale grave.
Une hospitalisation en réanimation est indiquée lorsque la lithémie est supérieure à 4 mmol/L.2
Pour en savoir plus
Livio F, Wauters JP. Intoxication au lithium. Med Hyg 2000;58:426-30.
Commission de la Transparence de la HAS. Carbonate de lithium. Avis du 2 mars 2016.