Disponibles en France en pharmacie depuis fin 2024 pour le contrôle du poids, les analogues du GLP- 1 (aGLP- 1) Wegovy (sémaglutide, de Novo Nordisk) et Mounjaro (tirzépatide, d’Eli Lilly) seront désormais remboursés aux assurés sociaux à hauteur de 65 % à compter du 15 juin 2026, selon des modalités fixées par une série d’arrêtés publiés au Journal officiel du 28 mai 2026 et résumées dans le tableau ci-joint. En tout, 6 présentations de chaque médicament sont concernées par ce remboursement, correspondant à des doses différentes. Ces décisions font suite aux avis positifs au remboursement de la Commission de la transparence de la HAS, rendus en novembre 2025 pour Mounjaro et en février 2026 pour Wegovy. Le point sur l’essentiel à retenir pour la pratique.
Indications remboursées : qui est concerné ?
Les indications concernées par le remboursement varient légèrement entre les 2 médicaments. Elles sont les mêmes dans la gestion du poids, mais Mounjaro dispose en plus d’une indication dans le traitement du diabète de type 2 (DT2) insuffisamment contrôlé.
Gestion (perte ou maintien) du poids
Compte tenu de la priorisation faite par la HAS des sous-populations susceptibles de bénéficier de Wegovy ou de Mounjaro ainsi que de l’impact financier potentiel sur les dépenses d’assurance maladie (voir plus bas), les indications retenues pour la gestion du poids correspondent aux critères d’éligibilité à la chirurgie bariatrique.
Chez l’adulte, en cas d’échec de la prise en charge nutritionnelle bien conduite (< 5 % de perte de poids à six mois), en complément d’un régime hypocalorique et d’une augmentation de l’activité physique, les deux médicaments sont pris en charge dans les situations suivantes :
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patients ayant un IMC initial ≥ 40 kg/m2 sans comorbidité ;
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patients ayant un IMC initial ≥ 35 avec une des comorbidités suivantes :
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DT2,
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HTA nécessitant un traitement médicamenteux,
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hypertriglycéridémie > 5 g/L (contrôlée à plusieurs reprises, en dehors de toute consommation d’alcool et en dehors du déséquilibre d’un DT2) et résistante au traitement habituel comprenant les mesures nutritionnelles,
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NASH ou fibrose hépatique (quel que soit le stade de la fibrose),
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syndrome des ovaires polykystiques chez la patiente en âge de procréer,
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problème de fertilité masculine ou féminine avec un projet d’assistance médicale à la procréation (AMP), sur proposition de l’équipe d’AMP,
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maladie rénale chronique (jusqu’au stade d’IRC modérée : stade 3A ou 3B) après avis du néphrologue, voire insuffisance rénale sévère ou terminale avec un projet de transplantation rénale. Dans ce dernier cas, décision à discuter cas par cas avec l’équipe de transplantation,
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cirrhose Child A, après accord avec l’hépatologue,
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SAHOS avec un indice d’apnées/hypopnées (IAH) ≥ 15/h,
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asthme sévère en lien avec l’obésité après avis d’un pneumologue, d’un ORL et/ou d’un allergologue,
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lombalgies chroniques ou coxarthrose ou gonarthrose invalidantes documentées, après avis rhumatologique et/ou orthopédique confirmant les bénéfices attendus par la perte de poids,
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incontinence urinaire invalidante ne répondant pas aux modifications thérapeutiques du mode de vie associées aux traitements médicamenteux de l’incontinence urinaire et si besoin de la constipation, après confirmation par un gynécologue ou un urologue que la perte de poids est susceptible d’améliorer les troubles urinaires,
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hernie pariétale ou éventration symptomatique ou complexe dont le traitement chirurgical impose une perte de poids préalable,
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hypertension intracrânienne idiopathique résistant à une prise en charge neurologique bien conduite,
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présence d’un handicap moteur avec ou sans paraplégie.
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DT2 insuffisamment contrôlé (seulement Mounjaro)
Mounjaro peut être remboursé pour le traitement du DT2 insuffisamment contrôlé de l’adulte, en complément d’un régime alimentaire et d’une activité physique :
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en bithérapie avec la metformine ;
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en trithérapie avec la metformine et un sulfamide hypoglycémiant ;
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en trithérapie avec la metformine et une insuline basale.
Prescription : quel rôle du MG ?
Prescription initiale : réservée aux spécialistes
Afin de garantir un bon usage de Mounjaro et Wegovy dans leur indication de contrôle du poids (injection sous-cutanée, position dans la stratégie thérapeutique en 2e intention en association à des mesures hygiéno-diététiques, incertitudes d’un effet rebond à l’arrêt du traitement) et pour limiter le risque de mésusage ainsi que les dépenses d’assurance maladie, la prescription initiale est réservée aux professionnels des structures de santé impliquées dans la prise en charge de l’obésité de niveaux de recours 2 et 3 : médecin exerçant en centre spécialisé de l’obésité (CSO), dans un CHU, dans un SMR de « système digestif, endocrinologie, diabétologie, nutrition », ou endocrinologue en lien avec un CSO.
Renouvellement : accessible au MG sous conditions
Le renouvellement est possible par le médecin traitant, subordonné au renseignement de certains éléments qui varient légèrement suivant l’indication du médicament.
Dans l’indication de contrôle du poids (Wegovy et Mounjaro), la prise en charge est subordonnée au renseignement par le prescripteur des éléments suivants :
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La prescription initiale a-t-elle été réalisée par un professionnel habilité ? (cf. ci-dessus)
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Le patient est-il âgé de 18 ans ou plus ?
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L’IMC initial du patient est-il ≥ 35 avec comorbidité (parmi celles définies ci-dessus), ou ≥ 40 sans comorbidité ?
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Le patient est-il en échec d’une prise en charge nutritionnelle bien conduite (< 5 % de perte de poids à six mois), en complément d’un régime hypocalorique et d’une augmentation de l’activité physique ?
Dans l’indication de traitement du DT2 (Mounjaro), la prise en charge est subordonnée au renseignement par le prescripteur des éléments suivants :
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Le patient est-il âgé de 18 ans ou plus ?
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Le patient est-il atteint d’un DT2 insuffisamment contrôlé par un régime alimentaire et l’activité physique ?
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Mounjaro est-il prescrit dans l’une des situations suivantes : en bithérapie avec la metformine, ou en trithérapie avec la metformine et un sulfamide hypoglycémiant, ou en trithérapie avec la metformine et une insuline basale ?
Prescription hors indication remboursée : toujours possible
La prescription dans le contrôle du poids hors indication remboursée reste possible par un médecin spécialiste ou généraliste selon les AMM de Wegovy et Mounjaro, c’est-à-dire en deuxième intention, chez des patients adultes en complément d’un régime hypocalorique et d’une augmentation de l’activité physique :
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après échec d’une prise en charge adaptée nutritionnelle, comportementale et en activité physique sur une durée d’au moins 6 mois ;
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en cas d’IMC ≥ 30, ou de surpoids (27 ≤ IMC < 30) associé à au moins une comorbidité liée au poids (prédiabète ou DT2, HTA, dyslipidémie, SAHOS ou maladie CV).
Coût pour les patients et la sécurité sociale
Le remboursement étant fixé à 65 %, avec un prix public compris entre 176,10 € et 433,80 € pour Mounjaro (selon la présentation et le dosage), et entre 146,91 € et 195,10 € pour Wegovy, la participation de l’assuré pour ces médicaments à prise hebdomadaire varie de 61,64 € à 151,83 € pour Mounjaro, et de 51,42 € à 68,29 € pour Mounjaro. Cependant, dans un article du Monde et de l’AFP, la ministre chargée de la Santé Stéphanie Rist affirme que concrètement, « pour la très grande majorité [des patients], ça sera un remboursement à 100 % », puisque « quasiment tous ces patients sont pris en charge à 100 % » du fait de leur état de santé.
Concernant le coût pour l’Assurance maladie, toujours selon la même source, cette ouverture au remboursement des traitements contre l’obésité, une première dans l’Union européenne, « représente en année pleine, c’est-à-dire une fois qu’on aura la montée des prescriptions, une centaine de millions d’euros », selon la ministre, qui se base sur une population cible estimée entre 1,05 et 2,1 millions de personnes pour chacun de ces traitements (soit l’estimation par la commission de la transparence de la HAS du nombre de patients adultes ayant un IMC initial ≥ 35, en situation d’échec de la prise en charge nutritionnelle bien conduite).
En pratique
Plusieurs de nos articles peuvent aider à la prescription de Wegovy et Mounjaro : dernières recommandations pratiques françaises et européennes concernant les traitements médicamenteux de l’obésité, escalade de dose, contre-indications relatives et absolues, suivi, conduite à tenir devant des effets indésirables, prévention des carences, etc. Ils sont listés dans l’encadré ci-dessous.
Notre boîte à outils d’aide à la prescription.
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Un référentiel exhaustif sur les traitements médicamenteux de l’obésité chez l’adulte (consensus français, fin 2025) : lien
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Les dernières recos européennes sur les traitements médicamenteux de l’obésité, évoquant notamment le traitement des complications de l’obésité (2025) : lien
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Prescription des aGLP- 1 dans l’obésité en pratique en MG (2025) : lien
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Les recos 2024 de la HAS pour le médecin traitant dans le surpoids et l’obésité : lien
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Recos nutritionnelles françaises pour les patients sous aGLP- 1 (2026) : lien
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De premières recos britanniques et suisses (2025) sur l’arrêt des aGLP- 1 ou l’après-aGLP- 1 : lien
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Aborder le sujet de l’obésité en consultation (2025) : interview vidéo d’Aurélie Quillet, psychologue et patiente partenaire (lien)
Ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Arrêté du 23 mai 2026 modifiant la liste des spécialités pharmaceutiques remboursables aux assurés sociaux (Wegovy). Journal officiel 28 mai 2026.
Journal officiel. 28 mai 2026.