Le Collège de la médecine générale publie un guide pratique pour aider les MG à repérer et accompagner les adultes souffrant de troubles du sommeil. Au programme : questionnaires de dépistage rapide, signes d’alerte à connaître et ressources à remettre aux patients…

Les troubles du sommeil affectent plus du tiers des Français. L’insomnie chronique (20 % de la population) est le plus fréquent, suivi de la somnolence diurne excessive (SDE) (5 à 10 %), du SAHOS (5 %) et des parasomnies (2 %) ; leur prévalence augmente avec l’âge.

Après la publication en juillet 2025 d’une feuille de route interministérielle pour améliorer la qualité du sommeil, c’est au tour du CMG de s’emparer du sujet. En mai 2026, il a publié un outil d’amélioration du sommeil à destination des MG, assorti de conseils pour le grand public.

Dépistage rapide

Si le patient utilise des objets connectés, on peut utiliser cette accroche pour parler de son sommeil. Ils sont plutôt fiables pour évaluer le temps de sommeil et son efficacité (temps passé au lit / temps de sommeil).

Un questionnaire (encadré 1), à adapter chez le sujet âgé (encadré 2), permet une évaluation brève des troubles du sommeil.

Les signes d’alerte sont une somnolence diurne excessive (en conduisant, en faisant une activité professionnelle ou du quotidien), des troubles mnésiques, une irritabilité, des ronflements avec apnées entendues ou ressenties, des réveils nocturnes fréquents, un usage régulier de somnifères ou d’alcool pour dormir et une fatigue chronique malgré un temps de sommeil suffisant.

En cas de suspicion de trouble sévère, orienter vers un médecin du sommeil.

Focus sur certains troubles vus en MG

Si l’on soupçonne unSAHOS, l’examen clinique peut rapidement orienter : palais creusé voire ogival, score de Mallampati élevé, macroglossie (marques des dents sur la langue), large tour de cou (> 43 cm chez l’homme, > 41 cm chez la femme). Un questionnaire de dépistage est proposé page 13.

Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) est caractérisé par un besoin impérieux de bouger les jambes, associé à des sensations désagréables au niveau des membres inférieurs au repos et à une insomnie d’endormissement et de maintien. Une de ses causes est un taux de ferritine > 75 μg/L. Il a fait l’objet de récentes recos américaines.

Les mouvements périodiques des jambes sont des crampes ou coups répétitifs (habituellement toutes les 20 à 40 s) des membres inférieurs ou supérieurs pendant le sommeil ; ils ne sont pas toujours associés au SJSR mais troublent la qualité du sommeil.

Les mouvements anormaux en sommeil paradoxal sont parfois inauguraux d’une pathologie neurodégénérative.

Modifications des habitudes et de l’environnement

L’éducation du patient est fondamentale : rappel sur le sommeil normal (besoin moyen : 7 h 20 chez l’adulte, 5 à 6 h chez la personne âgée) et les rythmes circadiens, rôle du sommeil pour la mémoire, la santé mentale et le métabolisme, importance de connaître ses besoins de sommeil (durée, chronotype, habitudes)…

Des conseils généraux d’hygiène du sommeil sont disponibles dans le tableau ci-contre.

Une fiche avec les « 10 recommandations pour bien dormir » à destination du grand public est téléchargeable ici, adaptée selon le profil du patient (moins de 65 ans, plus de 65 ans, Ehpad).

On y associe des consignes favorisant l’implication active des patients :

  • tenir un agenda du sommeil sur 2 semaines (lien ici).

  • créer un rituel personnel d’endormissement (activités calmes évitant la stimulation cognitive) ;

  • utiliser des applications de relaxation ou de méditation ;

  • adapter l’environnement domestique : rideaux opaques, confort thermique et phonique ;

  • les TCC de l’insomnie sont recommandées en première ligne. Il existe des thérapies digitales : HelloBetter (sur AppThera), Noxxea (seulement sur iPhone), TheraSomnia, Jardin Mental.


La prescription de médicaments doit rester ponctuelle : éviter de prescrire plus de 2 semaines de benzodiazépines.

On évalue l’évolution après 2 à 3 semaines ; l’agenda du sommeil rempli permet de réajuster la prise en charge. Orienter vers un médecin du sommeil si nécessaire.

Encadré : ressources

Ressources complémentaires pour les médecins :

  • guide pratique de la HAS sur la prise en charge du patient adulte se plaignant d’insomnie en médecine générale ;

  • dossier « Sommeil » de Santé publique France ;

  • bibliothèque de supports sur le sommeil de l’Institut national du sommeil et de la vigilance ;

  • site de la Société française de recherche et médecine du sommeil ;

  • site du Réseau Morphée.


Encadre

1. Questionnaire de dépistage rapide d’un trouble du sommeil chez l’adulte de moins de 65 ans

  • Combien d’heures dormez-vous en moyenne par nuit après 2 semaines de vacances ?

  • Êtes-vous fatigué(e) au réveil même après une période de vacances ?

  • Avez-vous des difficultés à vous endormir ou à rester endormi(e) ? Si réveil tôt le matin : à quelle heure, et qu’est-ce que vous faites ? Petit-déjeunez-vous ?

  • Êtes-vous fatigué(e) dans la journée ? Somnolez-vous ? Faites-vous une sieste ?

  • Quels sont vos horaires de travail ?

  • Votre entourage remarque-t-il des ronflements ou des pauses respiratoires ?

  • Histoire de l’insomnie (date de démarrage approximative) : un facteur déclenchant a-t-il été identifié ?

  • Hygiène de sommeil : respectez-vous votre rythme et vos besoins de sommeil ?

D’après : CMG. Qualité du sommeil. Repérer, informer et accompagner les patients dans l’amélioration de la qualité de leur sommeil, en favorisant les changements d’habitudes et d’environnement. Mai 2026.

Encadre

2. Questionnaire de dépistage rapide d’un trouble du sommeil chez l’adulte à partir de 65 ans

  • Combien d’heures dormiez-vous en moyenne vers l’âge de 25 ans ?

  • Êtes-vous fatigué(e) au réveil ?

  • Avez-vous des difficultés à vous endormir ou à rester endormi(e) ? Si réveil tôt le matin : à quelle heure, et qu’est-ce que vous faites ? Petit-déjeunez-vous ?

  • Êtes-vous fatigué(e) dans la journée ? Somnolez-vous ? Faites-vous une sieste ?

  • Votre entourage remarque-t-il des ronflements ou des pauses respiratoires ?

  • Histoire de l’insomnie (date de démarrage approximative) : un facteur déclenchant a-t-il été identifié ?

  • Quels médicaments sont pris le soir ? Iatrogénie ?

  • Hygiène de sommeil : respectez-vous votre rythme et vos besoins de sommeil ?

D’après : CMG. Qualité du sommeil. Repérer, informer et accompagner les patients dans l’amélioration de la qualité de leur sommeil, en favorisant les changements d’habitudes et d’environnement. Mai 2026.

Pour en savoir plus
CMG. Qualité du sommeil. Repérer, informer et accompagner les patients dans l’amélioration de la qualité de leur sommeil, en favorisant les changements d’habitudes et d’environnement. Mai 2026.
CMG. Qualité du sommeil. 10 recommandations pour bien dormir. Mai 2026.
Royant-Parola S. Prise en charge comportementale de l’insomnie. Rev Prat 2024;74(3):291-3.
Léger D, Taïeb. Premières consultations pour insomnie et démarche en médecine générale. Rev Prat 2024;74(3):266-7.
Vecchierini MF, Léger D. Traitements médicamenteux de l’insomnie. Rev Prat 2024;74(3):297-301.
Mallordy F. Insomnie chronique : nouvelles recos américaines. Rev Prat (en ligne) 19 mai 2026.
Nobile C. Syndrome des jambes sans repos : la stratégie thérapeutique évolue. Rev Prat (en ligne) 29 mai 2026.
Mallordy F. Sommeil : ce que la nouvelle feuille de route change pour les MG. Rev Prat (en ligne) 28 août 2025.
Ribéreau-Gayon A. La privation de sommeil pour traiter l’insomnie chronique ? Rev Prat (en ligne) 9 septembre 2025.
Barateau L, Lorber Q, Dauvilliers Y. Item 110. Troubles du sommeil de l’enfant et de l’adulte. Rev Prat 2024;74(2):201-8.
Kinugawa K. Troubles du sommeil de la personne âgée. Rev Prat Med Gen 2026;40(1105):129-33.

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