Trichoépithéliome desmoplastique

Richard, 59 ans, présente une tuméfaction d’aspect nodulaire avec des télangiectasies en surface (figure) au niveau de la partie moyenne du dos. 
Du fait de son apparition récente, une exérèse complète et une analyse anatomopathologique sont effectuées.

Le trichoépithéliome desmoplastique est une tumeur annexielle bénigne (tumeur indifférenciée d’origine pilaire) relativement rare et souvent unique. Cette forme de trichoépithéliome – il existe aussi une forme kératinisante héréditaire – est généralement observée chez les sujets âgés, et plus fréquemment chez les femmes.

Cliniquement, cette formation est souvent translucide, papuleuse ou globuleuse, de couleur rose ou chair. Sa taille est comprise entre 2 et 5 mm et sa surface peut comporter des télangiectasies. Elle se localise fréquemment au niveau du visage (joues, cuir chevelu, front).

Sur le plan histologique, des cordons de cellules basophiles sont mis en évidence ; ils s’achèvent par des kystes cornés kératinisés. Ces cordons sont cravatés par du tissu conjonctif fibreux et peuvent, dans certains cas, être calcifiés.

La prise en charge repose sur l’abstention thérapeutique. Cependant, en cas de doute diagnostique ou de gêne esthétique, une exérèse chirurgicale peut être proposée. Un traitement par électrocoagulation ou par laser est également possible.

Pour en savoir plus
Mitcov M, Scrivener Y, Cribier B. Tricho­épithéliome desmoplastique : étude anatomoclinique et comparaison avec le carcinome basocellulaire sclérodermiforme. Ann Dermatol Venereol 2009;136(6-7):501-7. 
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Méga-dolicho-artères coronaires

Une patiente de 58 ans, sans facteurs de risque cardiovasculaire modifiables, consulte pour des douleurs thoraciques atypiques évoluant depuis plusieurs mois. L’électrocardiogramme est normal. L’échocardiographie est sans particularités et le dosage des troponines est négatif. L’échocardiographie de stress objective une ischémie dans le territoire inférieur.
Une coronarographie est réalisée et révèle une dilatation diffuse et sinueuse des artères coronaires gauche et droite, sans sténose significative (figure). Aucun antécédent connu de maladie de Kawasaki ou d’atteinte inflammatoire n’est retrouvé. Un traitement médical conservateur est instauré, permettant une évolution favorable.

Les méga-dolicho-artères coronaires, ou ectasies coronaires, sont rares (moins de 5 % des coronarographies) et peuvent être congénitales ou acquises, le plus souvent athéro­mateuses ou inflammatoires.1 Elles favorisent la stase ­sanguine, la formation de thrombus et la survenue ­d’événements coronariens, même en l’absence de sténose significative.

La prise en charge repose sur une surveillance clinique et échographique. Un traitement par antiagrégant plaquettaire systématique et anticoagulant peut être discuté en fonction du risque thrombotique. L’imagerie coronarienne (coronarographie ou coroscanner) est essentielle pour le suivi.2

Références 
1.  Swaye PS, Fisher LD, Litwin P, et al. Aneurysmal coronary artery disease. Circulation 1983;67(1):134‑8.
2.  Manginas A, Cokkinos DV. Coronary artery ectasias: Imaging, functional assessment and clinical implications. Eur Heart J 2006;27(9):1026‑31.
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Compression du nerf ulnaire

Un homme de 58 ans avait consulté il y a un an pour des paresthésies touchant les deux derniers doigts de la main droite. L’examen clinique n’avait révélé aucun trouble sensitif ; il n’existait aucun déficit moteur, et les réflexes ostéotendineux étaient présents. L’électromyogramme (EMG) n’avait mis en évidence aucune atteinte ulnaire ou radiculaire C8. Un traitement symptomatique avait été prescrit avec succès.
Par la suite, le patient a été revu épisodiquement pour le même motif, avec mise en place d’un traitement symptomatique par anti-inflammatoires et port nocturne d’une attelle de décoaptation cubitale.
Deux ans après le premier épisode, il reconsulte pour le même motif. Un nouvel EMG révèle un ralentissement de la vitesse de conduction du nerf ulnaire droit au niveau du coude. Une échographie dynamique du coude met en évidence un gonflement fusiforme du nerf ulnaire dans la gouttière cubitale ainsi qu’une luxation du nerf ulnaire au-delà de la tubérosité condylienne lors de la flexion de l’avant-bras sur le bras (fig. 1 et 2). Une transposition cubitale est effectuée (fig. 3) permettant la disparition des symptômes en quelques semaines.

La compression du nerf ulnaire au coude est la plus fréquente des neuropathies canalaires, après le syndrome du canal carpien. Dans cette région anatomique, le nerf ulnaire peut être traumatisé par compression (tunnel cubital ou par le ligament d’Osborne) ou victime de luxations répétitives. Ces luxations sont favorisées par une faiblesse du ligament d’Osborne, constituant le toit du tunnel cubital, parfois associées à une luxation du chef médial du triceps situé au-dessus de l’épicondyle médial. Cette instabilité du nerf ulnaire génère ainsi un conflit répétitif avec l’épicondyle médial. Lors des mouvements de flexion et d’extension du coude, le nerf passe au-dessus du relief osseux. Durant la flexion du coude, la distance entre l’olécrane et l’épitrochlée augmente, aboutissant à une réduction du diamètre du tunnel cubital et à un allongement du nerf ulnaire pouvant atteindre 4,7 mm,1 avec un refoulement antérieur du nerf par le muscle triceps.

Le tableau clinique débute habituellement par des ­paresthésies touchant les deux derniers doigts et la face interne de la main mais respectant l’avant-bras, contrairement aux atteintes radiculaires. Volontiers nocturnes au début, les troubles sensitifs peuvent se compléter par l’apparition de symptômes moteurs avec atrophie des muscles interosseux et griffe cubitale. Le patient rapporte une sensation de ressaut lors de la flexion du coude et l’existence d’un signe de Tinel. La luxation du nerf peut être palpable à l’examen clinique.

Le diagnostic est posé après réalisation d’une échographie dynamique en flexion et en extension montrant la luxation du nerf ulnaire à la flexion. L’électromyogramme est, quant à lui, moins sensible, pouvant objectiver un bloc de conduction cubital et un ralentissement de la vitesse de conduction au niveau du coude.

Le choix du traitement est dicté par la sévérité des symptômes moteurs et sensitifs. Un traitement conservateur peut être envisagé en premier lieu, en l’absence de signe moteur ou sensitif. Les flexions prolongées du coude sont à éviter, avec parfois la nécessité d’un recours aux ­attelles d’extension nocturnes à 30 °. Dans les autres cas, le traitement est chirurgical et consiste en une transposition antérieure du nerf cubital.

Référence
1. Cambon-Binder A. Ulnar neuropathy at the elbow. Orthop Traumatol Surg Res 2021;107(1S):102754. 
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Nævus bénin

Une femme de 29 ans, inquiète, consulte pour une « boule » périanale indolore mais persistante (fig. 1).

Le nævus bénin, dit « pigmentaire », « mélanocytaire » ou « grain de beauté », correspond à une prolifération bénigne de mélanocytes. Il est fréquent et survient dans les deux sexes. Il peut être congénital ou apparaître durant les trente premières années de la vie. Il peut siéger en tout point de la surface cutanée et notamment en périanal.

Cliniquement, il prend typiquement la forme d’une ­macule ou d’une papule, plus ou moins saillante, de forme circulaire ou ovale, à bords bien délimités et réguliers, le plus souvent de petite taille (< 5 mm) et de couleur brune homogène. Cependant, il est parfois achromique (fig. 2). ­L’aspect peut évoluer au cours du temps ; la dégénérescence en méla­nome malin est rare mais possible.

Les diagnostics différentiels sont nombreux : thrombose hémorroïdaire, marisque, condylome, hidradénome papillifère, kératose séborrhéique, kyste sébacé, molluscum contagiosum, molluscum pendulum, carcinome basocellulaire, mélanome malin, maladie de Bowen et carcinome épidermoïde. Certains signes doivent alerter : la modification d’un nævus connu en matière de couleur, de forme et/ou de taille, l’apparition d’une ulcération, d’un saignement, de douleurs ou encore l’impression d’une infiltration en profondeur.

La prise en charge consiste en une abstention thérapeutique si l’aspect est typique, stable et non suspect. Dans le cas contraire, le traitement repose sur l’exérèse, qui permet l’examen histologique et immuno-histochimique et de poser ainsi le diagnostic formel. Il convient également de rechercher des lésions en d’autres localisations que la région périanale.

Pour en savoir plus
Socik A, Burnes A, Rhodes AR. Prevalence and Gross Morphologic Features of Perianal Melanocytic Nevi. JAMA Dermatol 2016;152(11):1209-17.
Aljufairi E, Alhilli F. Reasons for rarity of anal melanocytic naevi. Australas J Dermatol 2017;58(4):308-11.
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