Piqûre de punaise de lit

Un patient de 24 ans consulte pour un prurit évoluant depuis une semaine, apparu à la suite d’un séjour dans un gîte à l’étranger. L’examen clinique met en évidence des papules prurigineuses sur le bras et le dos, saignant au contact (figure). Aucun autre symptôme n’est rapporté. Le diagnostic de piqûre par punaise de lit est posé.

Un tableau d’éruption prurigineuse des zones exposées sans autre symptôme doit conduire à un interrogatoire poussé. Il convient de rechercher un contexte de voyage récent (pays étrangers, hygiène, mobilier en bois) et une concordance entre le changement de lieu de sommeil et le début des symptômes. Il existe une concordance entre la localisation des lésions et la position de sommeil. 

Les punaises de lit, Cimex lectularius, proliférant dans les climats tempérés, sont des insectes hématophages nocturnes qui se dissimulent dans les replis des matelas, les sommiers, les murs, les plinthes et parquets. Leur prolifération est rapide : quelques individus suffisent à engendrer une infestation massive en peu de temps. Elles sont attirées par la chaleur corporelle et le CO₂ expiré, piquant la plupart du temps pendant le sommeil.

Le diagnostic est clinique et anamnestique : les lésions cutanées sont œdémateuses et prurigineuses, alignées ou groupées, avec un point central hémorragique. L’observation directe d’une punaise (corps ovale brun-rougeâtre) ou la présence de taches de sang sur les draps ou murs permet de conforter l’hypothèse diagnostique.

Le traitement est symptomatique : corticostéroïdes topiques et antihistaminiques oraux si le prurit est intense.

L’infestation a un retentissement important sur la qualité de vie.

L’éradication des punaises est longue et compliquée. La méthode mécanique est privilégiée : lavage des vêtements, oreillers et draps à 60° C, congélation à - 20 degrés pendant 72 heures pour les affaires ne pouvant être lavées à haute température et nettoyage à la vapeur à 120 ° C de l’environnement. Il est également recommandé de nettoyer les recoins avec une brosse et de passer l’aspirateur aux endroits susceptibles de contenir des œufs ou des larves (lit, canapé, rideaux…). Attention : ces techniques ne tuent pas les punaises, il faut donc ensuite passer l’aspirateur.

Les méthodes dites chimiques (insecticides) sont utilisées en seconde ligne si la prolifération de punaises persiste car ces dernières ont développé une résistance aux produits. Seuls les professionnels de la désinfestation labellisés « punaises de lit » peuvent les utiliser.

La prévention passe par la vigilance, notamment lors des voyages : déposer les bagages sur des supports vérifiés au préalable, contrôler minutieusement le mobilier et les murs et ne pas poser les vêtements sur le lit ou dans les armoires sans avoir réalisé une première inspection. Au retour du voyage : laver tous les effets personnels (y compris la valise en brossant la fermeture éclair) avec les moyens cités ci-dessus et bien vérifier l’absence de traces de punaises (ne pas les poser sur les fauteuils et lits). Ne pas encombrer les habitations permet que les punaises disposent de moins de recoins où se cacher. 

Pour en savoir plus
Martin-Agudelo L. Oh, punaise ! L’art de la guerre (pour s’en débarrasser). Rev Prat (en ligne), août 2023.
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Morsure de chauve-souris

Après une mission en forêt guyanaise, un militaire consulte pour une morsure nocturne, indolore et hémorragique (fig. 1 et 2). L’examen clinique révèle l’aspect typique d’une morsure de chauve-souris. Le patient est orienté vers un centre antirabique afin de réaliser le protocole de sérovaccination contre la rage en prophylaxie post-exposition.

Il existe deux espèces de chauves-souris dites « vampires », qui sont les seules hématophages, présentes en Amérique centrale et du sud. Les morsures de ces espèces sont indolores et hémorragiques en raison d’agents anesthésiants et anticoagulants contenus dans leur salive. Les autres espèces insectivores vivant en France métropolitaine ne mordent qu’en cas de danger ; leurs morsures, de très petite taille, peuvent passer inaperçues.1

La rage des chiroptères, seule cause de rage endémique en France, est une zoonose émergente en Europe.2 Trois nouveaux cas ont été confirmés en 2024 chez des orpailleurs mordus par des chauves-souris hématophages en Guyane ; aucun n’a été constaté sur le territoire hexagonal, bien que des chauves-souris porteuses du virus y aient été identifiées sur son ensemble. La rage est due à plusieurs virus de la famille des Rhabdoviridae, genre Lyssavirus. Il s’agit de virus neurotropes, fragiles dans le milieu extérieur, qui se transmettent par morsure, griffure ou léchage de la peau lésée par un animal infecté, qui l’excrète par la salive. La durée moyenne d’incubation est de vingt à soixante jours. Ces virus sont responsables d’encéphalite, systématiquement mortelle si le traitement n’est pas instauré avant le début des symptômes.

La conduite à tenir (administration d’immunoglobulines et vaccination, vaccination seule ou simple surveillance) après morsure de chauve-souris se fait au cas par cas en fonction des informations recueillies et de la situation (espèce de l’animal, grade de l’exposition, possibilité de surveillance...). En Guyane, les morsures de chauves-souris sont d’emblée considérées comme des expositions de grade III non surveillables et justifient systématiquement une sérovaccination (immunoglobulines et vaccination antirabique).

La vaccination s’effectue en centre antirabique. Les vaccins sont administrés par voie intradermique (hors AMM en France) ou par voie intramusculaire. Des protocoles vaccinaux plus courts que ceux historiquement décrits sont désormais appliqués. La vaccination post-exposition par voie intramusculaire peut se faire selon le protocole Essen réduit (une injection à J0, J3, J7, puis entre J14 et J28) ou selon le protocole traditionnel Zagreb (deux injections à J0, puis une injection à J7 et à J21).

Les morsures de chauves-souris, même de grade III, ne s’infectent que très rarement et ne justifient donc pas d’antibioprophylaxie. En cas de morsure par un autre animal, l’association amoxicilline-acide clavulanique est l’antibiotique recommandé, ne réservant la doxycycline qu’en cas d’allergie ou de contre-indication.

Références
1. Deshaies D. Contacts avec des chauves-souris quand faut-il offrir la prophylaxie postexposition contre la rage ? Le Médecin du Québec 2002;37(7):93-6.
2. Delbos V, Abgueguen P, Chennebault JM, et al. Un nouveau cas de rage chez les chauves-souris en France. Rev Med Interne 2006;27:575-7.
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Miliaire sudorale

Un militaire d’une vingtaine d’années consulte pour une éruption au niveau des membres et du pli interfessier évoluant depuis une quinzaine de jours. Il revient d’un séjour de deux semaines dans la forêt tropicale, en Guyane française ; l’hygiène de vie y était dégradée (douche dans la crique) et il a effectué des marches quotidiennes durant cette mission.
Les lésions sont érythémateuses, papuleuses, prurigineuses avec un début de surinfection (fig. 1 et 2).

La miliaire sudorale (ou bourbouille, ou prickly heat) est due à une obstruction canalaire de l’épiderme moyen (corps muqueux de Malpighi) entraînant une rétention de sueur dans le derme et l’épiderme. Elle est très fréquente chez les nourrissons et les adultes vivant dans des régions chaudes et humides. L’excès de sueur engendre l’altération de l’évaporation de l’eau et la desquamation de la couche cornée. Il se forme des plaques de kératine qui obstruent les canaux sudoraux.

Cliniquement, les lésions sont de petites papules érythémateuses, très prurigineuses. En fonction du niveau d’obstruction du canal, trois types de miliaires sont à distinguer, cristalline, rouge et profonde :1,2

  • la miliaire cristalline correspond à une obstruction superficielle, transitoire, avec des lésions à type de vésicules, non prurigineuses, de résolution spontanée en quelques heures ;
  • la miliaire rouge est due à la rupture du canal sudoral qui obstrue les glandes sudorales dans la couche muqueuse de l’épiderme. Cette rétention intraépidermique est responsable d’une réaction inflammatoire locale importante se traduisant par des papulovésicules et des papulopustules. L’évolution est plus longue, avec une exfoliation de la peau en quelques jours ;
  • la miliaire profonde correspond à des papules blanchâtres diffuses, associées à de possibles signes généraux.

Le réflexe de grattage favorise les surinfections. Il existe également un risque d’évolution vers un eczéma.

Le traitement consiste à assécher la peau (application de froid, éviction de la chaleur et de la macération), ce qui permettra un assèchement de la peau et à appliquer des corticostéroïdes en topique, voire des antibiotiques locaux en cas d’infection.3

Références 
1. Aguissa Dicko A, Savané M, Guindo B, et al. Miliaire sudorale à l’hôpital de dermatologie de Bamako (Mali). Ann Dermatol Vénéréol-FMC. 2021:1(suppl 8):A256.
2. Lepelletier C. Coup de chaud sur la peau. Réalités Thérapeutiques en Dermato-Vénéréologie 2018;277:56-7.
3. Guerra KC, Toncar A, Krishnamurthy K. Miliaria. In: StatPearls. StatPearls Publishing, Treasure Island (FL) 2025. PMID: 30725861.
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Dermatite chimique

Un patient de 30 ans, sportif, consulte pour une éruption douloureuse sur la face antérieure de ses deux jambes (fig. 1 et 2) évoluant depuis 24 heures avec aggravation progressive. Il n’a aucun antécédent médical notable et ne prend aucun traitement. 
L’examen clinique met en évidence des plaques érythémateuses bien délimitées, vésiculo-bulleuses, sans signe de surinfection. Le patient est apyrétique. Il n’y a aucune adénopathie satellite. Le placard est bien délimité et le reste de l’examen clinique est sans particularité. 
Lors de l’interrogatoire, le patient révèle avoir réalisé des travaux de jardinage la veille. Il portait des vêtements couvrants sur les membres supérieurs et des gants, mais était en short.
Un prurit est apparu immédiatement après l’exposition sur les zones non protégées. Après lavage à l’eau et au savon, il s’est automédiqué avec des antihistaminiques H1, avec une disparition transitoire des symptômes. Face à l’aggravation des douleurs et à l’apparition de lésions vésiculo-papuleuses érythémateuses le lendemain matin, il consulte.
Un interrogatoire plus complet révèle qu’il a tronçonné un parterre d’agaves. 

Les agaves, appartenant à la famille des Agavaceae, sont des plantes originaires des climats arides mexicains. Couramment utilisées en France comme plantes ornementales, elles s’adaptent particulièrement bien au climat du sud de la France. Elles sont ainsi omniprésentes dans les jardins et espaces naturels en région méditerranéenne et en Corse.1 Leur toxicité, bien connue des professionnels du paysage, est largement méconnue du grand public. La sève d’agave contient des saponines et des cristaux d’oxalate de calcium, deux composés hautement irritants pour la peau. Au Mexique, où l’agave est cultivée comme matière première pour la fabrication de la tequila, les travailleurs exposés quotidiennement développent fréquemment des dermites irritatives, connues sous le nom de « mal des agaveros ».1,2 Il s’agit d’éruptions érythémateuses inflammatoires, associées à des lésions papulo-vésiculeuses. 

La prévention repose sur le port de vêtements couvrants et un lavage immédiat de la peau à l’eau et au savon en cas de contact avec la sève.

Dans la littérature, de rares cas de dermatite irritative purpurique secondaires à l’exposition à l’agave ont été rapportés, dont le dernier date de 2011.3,4 Tous les patients concernés avaient été exposés à des projections végétales lors de l’utilisation d’outils motorisés, notamment des tronçonneuses, suggérant un rôle favorisant de ces mécanismes dans l’apparition des lésions purpuriques.2,5 

Dans le cas présenté ici, avec un contexte typique de dermatite causée par l’agave, la bonne réponse aux antihistaminiques en automédication a incité à les poursuivre, accompagnés par un traitement local par flamazine. Un antalgique de palier 1 (paracétamol) a également été ajouté.

Le lendemain, le patient a consulté à nouveau pour majoration de la douleur, avec persistance des lésions vésiculo-bulleuses et apparition de plaques purpuriques, bien délimitées par le short pour la partie proximale et par les chaussettes pour la partie distale. Devant le risque de surinfection, des lavages des jambes par savon antiseptique ont été introduits. Aucun prélèvement n’a été réalisé devant ce tableau typique et l’absence de suspicion clinique de vascularite ou d’érysipèle.

Pour une surveillance optimale, et en l’absence de traitement spécifique, il a été demandé au patient d’envoyer une photographie quotidienne de l’évolution de ses lésions. 

À J2, le patient a décrit des sueurs et frissons nocturnes importants. Des douleurs invalidantes à la marche sont apparues ainsi qu’un prurit intense. Après nouvel examen clinique écartant une surinfection et un érysipèle – absence d’adénopathie satellite sensible, placard inflammatoire strictement limité au pourtour lésionnel, apyrexie depuis le matin, évolution vers des lésions purpuriques –, le traitement a été modifié : antihistaminiques double dose et antalgiques de palier 2. 

Au quatrième jour, le patient est apyrétique, mais les douleurs à la marche persistent et les antihistaminiques double dose ne parviennent pas à soulager le prurit, toujours aussi intense. Devant l’aggravation du tableau purpurique sans signe de surinfection (fig. 3), une corticothérapie locale est initiée.

Le lendemain, les douleurs à la marche ont diminué mais le prurit reste important, aggravé par la pommade corticoïde. Cliniquement, des lésions croûteuses secondaires à la disparition des bulles sont mises en évidence (fig. 4).

La disparition des douleurs à la marche au sixième jour permet l’arrêt des antalgiques. En revanche, le prurit est toujours très invalidant, à prédominance nocturne, après application de dermocorticoïdes. Une augmentation de la posologie des antihistaminiques le soir (2 comprimés de cétirizine 10 mg en une prise) est décidée, avec l’ajout d’une crème émolliente. 

À J7, une évolution favorable de l’éruption cutanée est notée, avec érythème localisé autour des séquelles croûteuses et hyperpigmentation cutanée en regard des zones présentant les premiers signes de résorption (fig. 5). Un arrêt de la corticothérapie locale est décidé avec toutefois la poursuite des antihistaminiques double dose et de la crème émolliente. 

Au huitième jour, l’amélioration est notable sur tous les tableaux. Deux jours plus tard, l’érythème est localisé uniquement autour des séquelles croûteuses. La cétirizine (10 mg par jour) et l’application de crème émolliente sont poursuivies.  

C’est à J12 que la disparition complète des démangeaisons permet l’arrêt des antihistaminiques.

Enfin, à J16, la résolution des lésions et des symptômes est complète, sans cicatrices ni hyperpigmentation cutanée (fig. 6 et 7). 

Un protocole de traitement des dermatites chimiques causées par la projection de cristaux d’oxalate de calcium présents dans les agaves peut être proposé :

  • rinçage immédiat à l’eau et au savon après un contact cutané avec la sève ;
  • antalgie adaptée (palier 2 si nécessaire) ;
  • traitement antihistaminique à forte dose pendant 10 jours, puis simple dose jusqu’à cicatrisation, soit 20 jours au total ;
  • dermocorticoïdes d’action forte pouvant être introduits dès la phase initiale et poursuivie pendant 7 jours ;
  • antisepsie des lésions par une solution moussante à base de chlorhexidine ;
  • crèmes émollientes dès assèchement des lésions initiales.
Références 
1. Anses. Agave d'Amérique. https://bit.ly/43RaOYs
2. Genillier-Foin N, Avenel-Audran M. Dermatite purpurique de contact au suc d’Agave americana. Ann Dermatol Vénéréologie 2007;134(5):477‑8. 
3. de la Cueva P, González-Carrascosa M, Campos M, et al. Dermatitis de contacto por Agave americana. Actas Dermo-Sifiliográficas 2005;96(8):534‑6. 
4. Barabash-Neila R, Zulueta-Dorado T, Conejo-Mir J. Dermatitis irritativa de contacto por Agave americana con componente purpúrico. Actas Dermo-Sifiliográficas 2011;102(1):74‑6.
5. Avenel-Audran M. Peau, plantes et jardinage. Rev Fr Allergol 2009;49(3):259‑63.
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Aranéisme

Sabrina, 12 ans, consulte car elle a été piquée par une araignée il y a 2 jours au niveau de la cuisse. L’examen montre, à l’endroit de la morsure, une lésion qui a l’aspect d’un placard érythémateux large avec, au centre, une zone croûteuse suintante.

Les araignées se divisent en 2 groupes : les mygalomorphes (mygales) et les aranéomorphes. L’envenimation humaine par ces derniers se caractérise par 2 types de manifestations :

– le lactrodectisme, dû à des morsures par Lactrodectus tredecimguttatus (veuve noire) qui vit dans des zones peu urbanisées, notamment en Corse ; la neurotoxicité liée à la piqûre entraîne des troubles neurovégétatifs (hypersudation, variation de la PA) et des contractures abdominales, le plus souvent très douloureuses ;

– le loxoscelisme, causé par de petites araignées du genre Loxosceles reclusa (araignée violon), se manifestant par un syndrome viscéro-nécrotique, comme chez cette patiente. Au départ, au niveau du point de piqûre se forme une vésicule entourée par un placard érythémateux, parfois algique, qui peut ensuite devenir nécrotique, voire se surinfecter. Une atteinte généralisée (hémolyse, insuffisance rénale aiguë) est rare, et touche surtout les sujets immunodéprimés.

La prise en charge repose sur la désinfection de la lésion, des antalgiques et des antihistaminiques (si prurit). Dans les formes sévères, une hospitalisation est nécessaire. En cas de surinfection, une antibiothérapie est indiquée (amoxicilline-acide clavulanique par exemple).

Pour en savoir plus
De Haro L. Petites bêtes nuisibles en été.  Rev Prat Med Gen 2011;25:503-4.
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