À 18 h 00, vous recevez aux urgences pédiatriques Mathilde, âgée de 3 semaines, pour fièvre.

La grossesse s’est bien passée. Elle est née à terme, eutrophe. Son score d’Apgar à 1 minute et 5 minutes était à 10 à chaque fois.

Elle est alimentée exclusivement au sein et prend 23 g par jour.

Les parents vous informent qu’ils prennent de manière systématique la température de leur fille par voie rectale matin et soir depuis la naissance.

À 17 h, sa température était à 38,4 °C, les parents sont donc venus consulter aux urgences.

La maman vous dit que Mathilde tète moins bien depuis ce matin. Aucun autre symptôme n’est constaté.

L’infirmière des urgences vous donne ses constantes : température (T°) = 37,7 °C ; fréquence cardiaque (FC) = 145/min ; fréquence respiratoire (FR) = 38/min ; saturation en oxygène (SpO2) = 100 % en air ambiant ; score de Glasgow = 15/15. Poids = 3,87 kg.

L’auscultation cardiopulmonaire tout comme l’examen abdominal sont sans particularité.

Elle a une hypotonie axiale modérée.

L’examen cutané est normal, si ce n’est de l’acné du nourrisson sur le visage.
Question 1 - Quelle est votre prise en charge diagnostique en première intention (une ou plusieurs réponses exactes) ?
C’est un nourrisson âgé de moins de 1 mois qui a eu un épisode fébrile au domicile et qui est subfébrile aux urgences avec une hypotonie axiale. Des examens complémentaires sont indispensables.
Pas en première intention devant l’absence de symptômes respiratoires.
Avant l’âge de 1 mois, rechercher une infection urinaire fébrile systématiquement par un examen cytobactériologique des urines (ECBU) ; la BU peut être faussement négative.
Une ponction lombaire est indispensable devant une hypotonie fébrile chez un nourrisson âgé de moins de 1 mois.
L’infirmière vous signale que Mathilde a désormais une température de 38,8 °C.
Vous récupérez les premiers résultats de vos examens :
– hémoglobine (Hb) = 13,7 g/dL ; plaquettes = 240 G/L ; leucocytes = 11,3 G/L ; neutrophiles = 5,5 G/L ; lymphocytes = 2,3 G/L ; CRP = 56 mg/L ; PCT = 1,4 µg/L ;
– hémocultures en cours.
– ponction lombaire : liquide clair, éléments 0/mm3, hématies 0/mm3, protéinorachie 0,4 g/L, glycorachie normale ;
– ECBU : éléments 45 000/mm3, hématies 2 000/mm3, examen direct négatif, culture en cours.
Question 2 - Que pensez-vous de ces résultats biologiques (une ou plusieurs réponses exactes) ?
On parle de méningite si le seuil dépasse 20 éléments/mm3 chez un nourrisson âgé de moins de 1 mois.
Les neutrophiles sont normaux ici.
La leucocyturie est significative. C’est la culture qui confirmera ou infirmera le diagnostic.
Vous décidez d’hospitaliser Mathilde.
Question 3 - Quelle est votre prise en charge thérapeutique (une ou plusieurs réponses exactes) ?
En cas de fièvre chez le nourrisson de moins de 1 mois avec syndrome inflammatoire biologique et leucocyturie, une antibiothérapie probabiliste est indispensable.
Traitement intraveineux indispensable initialement. Et la fièvre n’est pas nue, cette patiente a notamment une leucocyturie.
Pas d’indication à une dose méningée, la ponction lombaire est négative.
Pas d’indication à une dose méningée, la ponction lombaire est négative.
La bithérapie probabiliste initiale est indispensable en cas de fièvre du nourrisson de moins de 1 mois afin d’élargir le spectre.
Mathilde évolue bien et est apyrétique au bout de vingt-quatre heures. Son examen neurologique se normalise. Elle est toujours traitée par céfotaxime et amikacine IV à J2 du début de la prise en charge.
La culture du liquide céphalorachidien est négative à J2.
La culture de l’ECBU est positive à Escherichia coli. Vous obtenez son antibiogramme.
Figure (Mahmoud Rifai, La Revue du Praticien)
Question 4 - Que pensez-vous de cet antibiogramme (une ou plusieurs réponses exactes) ?
Résistance aux pénicillines et aux céphalosporines en restant sensible à la céfoxitine.
Un E. coli sauvage n’a pas cet antibiogramme, c’est une résistance acquise.
L’amikacine prescrite a permis de couvrir ce germe alors qu’une monothérapie par céfotaxime aurait été inefficace chez ce jeune nourrisson.
Vous avez arrêté la céphalosporine et poursuivi uniquement l’amikacine sur conseil de l’équipe d’infectiologie après réception de l’antibiogramme.
L’hémoculture réalisée lors du début de la prise en charge est également positive au même E. coli.
Question 5 - Quelle est votre prise en charge (une ou plusieurs réponses exactes) ?
L’antibiothérapie actuelle est déjà efficace, l’hémoculture positive ne doit donc pas faire modifier la prescription. Il est possible d’utiliser une monothérapie d’aminoside dans ce contexte néonatal. L’épargne des carbapénèmes est à privilégier en cas d’alternative dans cette situation.
En cas de bonne évolution, il n’est pas nécessaire de vérifier la négativité de l’hémoculture car cela ne change rien à la prise en charge thérapeutique.
À J5, Mathilde est toujours apyrétique et va parfaitement bien. Elle se déperfuse accidentellement. L’infirmière vous demande si elle doit la reperfuser.
Question 6 - Qu’en pensez-vous (une ou plusieurs réponses exactes) ?
Mathilde va bien et un relais per os est possible après J3-J5.
Le germe est bien sensible à l’antibiotique mais il faut éviter de l’utiliser avant l’âge de 1 mois.
En cas d’entérobactérie productrice de bêtalactamases à spectre étendu (BLSE), si le germe est sensible à l’association pipéracilline-tazobactam, une antibiothérapie par amoxicilline – acide clavulanique + céfixime est efficace. L’épargne des carbapénèmes est à privilégier en cas d’alternative dans cette situation.
Si le germe est résistant à l’association pipéracilline-tazobactam, il faudra demander au laboratoire de faire un E-test pour tester la sensibilité du germe à l’association amoxicilline – acide clavulanique + céfixime.
Pour rappel, pas de quinolones dans l’idéal en pédiatrie même si le germe est sensible du fait de leur toxicité.
Mathilde sort du service de pédiatrie.
Question 7 - Comment complétez-vous votre prise en charge (une ou plusieurs réponses exactes) ?
Une échographie rénale permet de rechercher notamment une malformation de l’arbre urinaire ou rénale et un reflux, pouvant favoriser les infections urinaires.
Pas de critère d’âge ; c’est la répétition des épisodes ou une anomalie échographique qui peut amener à poser cette indication.
Pas de critère d’âge ; c’est la répétition des épisodes ou une anomalie échographique qui peut amener à poser cette indication.

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