Perte de l'odorat et du goût : suspecter un SARS-CoV-2 ?

Fièvre, toux, signes respiratoires étaient jusqu’à présent les signes cliniques classiques faisant suspecter une infection par le SARS-CoV-2. Depuis quelques jours, des cas de patients relatant une perte brutale d’odorat (anosmie), et ce même en l’absence d’obstruction nasale, associée parfois à une perte du goût (agueusie), se multiplient. À tel point que le Conseil national professionnel des ORL a fait de ces deux nouveaux symptômes des signes devant faire suspecter l’infection.


Dans le contexte infectieux actuel de Covid-19, les corticoïdes inhalés ou per os doivent être proscrits de même que les lavages de nez qui pourraient favoriser la dissémination virale vers le tractus pulmonaire (dernières recommandations de la Direction générale de la santé).
Chez certains patients, l’anosmie est d’installation brutale et parfois totale, précédant de quelques jours l’apparition des signes respiratoires. L’évolution est inconstante, et la perte de l’odorat peut persister pendant plusieurs mois. L’agueusie est la conséquence du déficit olfactif, elle est le reflet de l’absence d’impression olfactive par voie rétronasale.
Une anosmie post-virale est classiquement décrite dans d’autres infections respiratoires comme la grippe. Une dégénérescence de l'épithélium olfactif et des nerfs relayant l’information jusqu’au cerveau (bulbes olfactifs) en serait à l’origine. La majeure partie de la cavité nasale humaine est tapissée d'une muqueuse respiratoire non sensorielle sécrétant du mucus, à l'exception de certaines zones (fente olfactive par exemple), bordée d’un neuroépithélium olfactif. Ce dernier abrite les neurones récepteurs olfactifs bipolaires, qui fonctionnent pour transduire les molécules d'odeur inspirées en un signal neuronal. L'épithélium olfactif est auto-renouvelable : de nouveaux neurones olfactifs se reconstituent à partir de cellules souches adultes situées dans les couches basales du neuroépithélium olfactif, mais l’inflammation du fait de la libération de cytokines inflammatoires pourrait altérer ou même détruire ces neurones.
La thérapie d'entraînement olfactive, par exposition répétée intentionnelle aux odorants, a pour but de stimuler la récupération de la fonction olfactive (les patients utilisent classiquement 4 odeurs différentes et s'entraînent à les renifler chacun pendant environ 15 secondes deux fois par jour pendant plusieurs semaines).


Alexandra Karsenty, La Revue du Praticien 
 
En savoir plus :
DGS : information sur des formes cliniques atypiques de Covid-19.
Goncalves S, Goldstein B, Pathophysiology of Olfactory Disorders and Potential Treatment Strategies, Curr Otorhinolaryngol Rep, 2016 Jun; 4(2): 115–121.

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